Mahmoud Ali Youssouf sur RFI: le témoin clé de l'affaire Borrel est dans un «pur délire»

Mahmoud Ali Youssouf, ministre djiboutien des Affaires étrangères.
© diplomatie.gouv.fr

Jeudi 10 octobre, Mohamed Saleh Alhoumekani, témoin clé dans l'affaire du juge Borrel, a accusé, sur RFI, le président djiboutien Guelleh d'avoir voulu le faire tuer au Yémen. Des accusations balayées par le ministre djiboutien des Affaires étrangères Mahmoud Ali Youssouf, qui revient également sur le débat sur la CPI et le renforcement de l'Amisom. Il est l'invité Afrique de RFI.

RFI : Mohamed Saleh Alhoumekani, témoin dans l’affaire Borrel, accuse le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh d’avoir organisé une tentative d’assassinat contre sa personne à Bayda, au Yémen, jeudi dernier. Quelle est votre réaction ?

Mahmoud Ali Youssouf : C’est une manie chez ce monsieur que de vouloir systématiquement accuser le président de la République de Djibouti de supposés assassinats ici et là. Le gouverneur de la province de Bayda a immédiatement nié ces accusations, en disant que ce monsieur-là se trouvait dans une réception, à un mariage, où il y a eu des coups de feu qui ont été tirés en l’air.

(M. Alhoumekani) a immédiatement sauté sur l’occasion, parce qu’il était au Yémen en situation d’interdiction de quitter le territoire. Un mandat d'Interpol avait en effet été lancé à son encontre pour agression, bagarre, et utilisation d’une arme de service en menaçant un autre citoyen djiboutien. Je crois que ces tentatives de vouloir à chaque fois ramener sa demande d’exil, et maintenant son interdiction de voyager du Yémen, au président de la République de Djibouti, est pour lui une façon d’échapper à la justice, quelle qu’elle soit.

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Lorsque Interpol l’a interpellé pour une histoire d’agression et de violence à l’encontre d’un autre Djiboutien – une condamnation qui avait été prononcée il y a quelques années de cela –, il a accusé immédiatement le président Guelleh de vouloir l’assassiner au Yémen. Tout ça, je crois, c’est du pur délire.

Le gouverneur de Bayda a déjà lancé et diligenté une enquête. Mais je peux vous assurer que ni de près ni de loin, le gouvernement de Djibouti ou le président Guelleh ne sont concernés par cette affaire. Pourquoi irions-nous chercher des gens dans un pays ami comme le Yémen, avec lequel nous avons d’excellentes relations, pour aller provoquer un incident diplomatique en allant assassiner un ressortissant yéménite ? Ça n’a pas de sens.

Il utilise donc cette histoire pour pouvoir justement réapparaître dans les médias, et il poursuit certainement un dessein que l’on ne connaît pas. Mais de notre côté, nous sommes très sereins. J’ai pu ce matin même communiquer avec le ministre des Affaires étrangères du Yémen ainsi qu’avec le ministre de l’Intérieur, et je crois que la justice va certainement rattraper ce monsieur un jour.

Un autre sujet a fait couler de l'encre ces derniers jours. Depuis quelque temps, une tendance se confirme en effet : de nombreux chefs d’Etat de l’Union africaine sont vent debout contre la CPI, accusée de ne s’en prendre qu’aux Africains. La fronde a encore été appuyée à Addis-Abeba lors du sommet de l'UA. Partagez-vous ce sentiment d’un ciblage injuste ?

Il est difficile de penser autrement, puisque si vous regardez un petit peu tous les dossiers traités par la CPI, il y a huit pays qui sont concernés et tous sont africains. En plus de cela, les chefs d’Etat africains en exercice, qui bénéficient de l’immunité, sont également poursuivis par la Cour alors que d’autres ex-chefs d’Etat ou chefs d’Etat en exercice, dans d’autres parties du monde, ne sont pas inquiétés.

À plusieurs reprises, l’Assemblée des chefs d’Etat de l’Union africaine a lancé une proposition de différé à la poursuite contre le président Omar el-Béchir du Soudan au Conseil de sécurité. Cet appel n’a pas été entendu. Aujourd’hui, c’est le cas du président Uhuru Kenyatta du Kenya et de son vice-président.

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Suite à la position intransigeante de la CPI, du Conseil de sécurité, et des Nations unies, le sommet a adopté une décision qui, encore une fois, réitère la demande de différer ces poursuites, en ajoutant qu’il y avait nécessité aujourd’hui d’introduire des amendements au statut de Rome.

Ceci, afin que le principe de complémentarité entre les mécanismes judiciaires régionaux, ainsi que les mécanismes nationaux tels que les tribunaux existants dans les différents pays, puisse prendre en charge de manière sereine toutes ces crises et leurs conséquences, et que le recours à la CPI ne soit vraiment qu'un ultime recours.

Si le Conseil de sécurité continue d'ignorer ces appels, je crois que beaucoup de pays africains envisageront la possibilité du retrait de leur pays du statut de Rome. Aujourd’hui, l’Afrique n’est pas prête à être le « dindon de la farce » dans cette histoire de présumée ou de supposée justice internationale.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a décidé vendredi de renforcer l’Amisom, sa force déployée en Somalie, pour la faire passer de 18 000 à 24 000 hommes. Djibouti est-elle prête à renforcer son contingent sur place ?

Pour que l’Amisom puisse poursuivre cette mission d’éradication de la menace terroriste internationale, les Etats africains - et notamment les pays de l’Afrique de l’Est - , ont soumis au Conseil de paix et de sécurité la proposition d’augmenter les forces de l’Amisom, auxquelles nous sommes donc prêts et disposés à contribuer encore une fois. Nous avons déjà un bataillon qui est déployé à Baladou. Nous sommes prêts à augmenter jusqu’à deux bataillons si nécessaire, c'est-à-dire 2 000 hommes.

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