Affaire Snowden: Glenn Greenwald, le journaliste qui en savait trop

Glenn Greenwald, le journaliste qui a diffusé une partie des informations que lui a confiées Edward Snowden, se sent aujourd'hui traqué et épié.
© REUTERS/Ricardo Moraes

Notre correspondant au Brésil François Cardona a rencontré Glenn Greenwald, ce journaliste britannique du journal The Guardian, qui publie depuis des semaines des révélations sur l’espionnage américain dans le monde, grâce à sa source Edward Snowden, un ancien employé de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA). Glenn Greenwald est aujourd’hui réfugié au Brésil, d’où il publie au compte-gouttes ses révélations. Menacé, sous pression, il veut continuer à faire connaître l’ampleur de l’espionnage américain dans le monde. Il a des révélations à faire sur la France et même l’Afrique.

De notre correspondant à Rio de Janeiro

Installé dans le salon d’un hôtel de Rio, Glenn Greenwald ne cesse de regarder autour de lui. Il se montre attentif et méfiant à l’extrême. La vie de ce journaliste d’investigation a changé en mai dernier, après une rencontre clandestine, dans un restaurant de Hong Kong.

Edward Snowden, ancien employé de la NSA, lui remet alors plus de 20 000 documents ultra confidentiels. « C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte de l’ampleur de cette histoire, qui allait changer le monde, et que ma vie ne serait jamais plus comme avant. »

Grâce à ces documents, Glenn Greenvald va par exemple bouleverser les relations diplomatiques entre le Brésil et les Etats-Unis, en dévoilant l’espionnage américain des communications de la présidente Dilma Rousseff, de ses plus proches conseillers, mais aussi l’espionnage par le Canada du très stratégique ministère brésilien des Mines.

⇒(RE)LIRE : L'affaire Snowden est partie du Brésil

Désormais, Glenn Greenwald sait qu'il est lui aussi espionné. « Je n’utilise le téléphone que pour parler d’affaires sans importance. Je pars du principe que tous mes mails sont espionnés. Alors j’utilise des communications ultra crytées pour correspondre avec mes sources, mes collègues et même mes amis. Ca complique énormément mon travail. Les gens doivent prendre l’avion jusqu’à Rio pour me rencontrer. »

Glenn Greenwald est pour l’instant bloqué au Brésil, dont les autorités ont accepté de le protéger. Le journaliste reçoit régulièrement des menaces.

Pourtant, jusqu’à présent, le journaliste d’investigation n’a dévoilé qu’une toute petite partie des documents qu’il détient. L’Europe - et la France en particulier - pourrait bien être sa prochaine cible. « L’espionnage américain sur l’ensemble des Français est vraiment énorme. Mais la NSA espionne aussi le territoire, avec la coopération du gouvernement français. »

⇒(RE)LIRE : Prism: On nous espionne!? Chuuut!

Le journaliste ne veut pas en dire davantage pour l’instant, mais il souligne que l’espionnage de la NSA concerne presque tous les pays du monde. L’Afrique est elle aussi concernée. « Le gouvernement américain espionne très largement les gens en Afrique, de manière indiscriminée et sans limites. Plusieurs gouvernements africains coopèrent très fortement dans ce domaine avec les Etats-Unis. »

L’analyse des documents de la NSA est longue et laborieuse. Glenn Greenwald promet d’en dévoiler davantage d’ici peu. « Je compte bien continuer de publier tous les documents qui méritent de devenir publics. Plus les Etats-Unis et la Grande-Bretagne me menaceront, plus je me concentrerai et je travaillerai dur pour continuer de publier. »

Le journaliste est satisfait : la publication de ces documents confidentiels a déjà permis de rappeler l’importance d’un débat mondial sur la protection de la vie privée sur Internet. C’est ce que demande d’ailleurs la présidente brésilienne, dont les communications personnelles n’ont visiblement plus de secret pour les Etats-Unis.

⇒(RE)LIRE : Laurent Vidal, historien: « Le Brésil affirme sa souveraineté et son indépendance »