Procès du «Tanit»: verdict attendu ce vendredi pour les trois pirates somaliens


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Le verdict dans le procès du voilier Tanit sera rendu ce vendredi 18 octobre 2013 au soir à Rennes dans l'ouest de la France. Depuis lundi, trois pirates somaliens sont jugés pour avoir capturé l’équipage du voilier breton en avril 2009. Une prise d’otages qui s’était soldée par la mort du skipper Florent Lemaçon - tué par erreur d’une balle française - et la mort de deux Somaliens, présentés comme les chefs des pirates. Les accusés risquent la prison à perpétuité. Selon leurs avocats, ils n'étaient pourtant que de simples exécutants. Ils ont été longuement entendus par la cour tout comme les militaires français aussi.

Avec notre consœur, Céline Guetaz (France Bleu Armorique)

« Mes ordres étaient très clairs : négocier jusqu’au bout et ne pas laisser le voilier avec les otages accoster en Somalie », affirme celui qui commandait les forces militaires françaises déployées sur place. Ces ordres, il dit les avoir reçus de son supérieur, le chef d’état-major des armées.

L’assaut a été lancé, les pirates ayant tout refusé. Le négociateur avait proposé une rançon, des moyens maritimes, et en dernier recours, un échange : Chloé Lemaçon et son enfant contre un officier. Les pirates ne voulaient pas négocier avant d’arriver à terre. Nos objectifs étaient donc incompatibles, détaille le militaire.

A 16 heures 27, le vendredi 10 avril, l’assaut est donc lancé. Dès le début de l’opération, des avertisseurs sonores ont été utilisés pour demander aux pirates de se rendre et aux otages de se coucher. Message lancé en somalien et en français. A 16 heures 31, c'est la fin de l’intervention.

« Quelques minutes après, un de mes commandos est venu me voir en m’affirmant avoir tiré sur Florent Lemaçon. Il m’a expliqué qu’un homme avait surgi d’un hublot, chevelure foncée et bouclée, et qu’au moment où il avait tiré, un très court instant, il avait eu la certitude qu’il s’agissait d’un preneur d’otages. C’était le skipper breton », ajoute le militaire.

Regrets des accusés

Les trois pirates somaliens Mohammed Mahamoud, Abdelkader Osmane Ali et Mahmoud Abdi Mohammed ont exprimé leurs regrets et leur compassion envers les victimes, au quatrième jour de leur procès.

« Combien auriez-vous touché pour cette prise d’otages si les militaires français n’étaient pas intervenus ? », demande le président de la cour d'assises à Mohammed Mahamoud. « Je ne sais pas. Celui qui nous a recrutés et armés ne nous l’avait pas dit. Notre travail, c’était de prendre en otage un bateau et de le ramener à terre. C’était comme braquer une banque ».

« Une fois sur le bateau, notre rôle était de surveiller les otages », ajoute Abdelkader Osmane Ali. Avec Mohammed Mahamoud, il raconte qu’à un moment, ils ont tous les deux déposé les armes, convaincus alors par Chloé Lemaçon : « Mais nos chefs à bord du voilier nous ont ordonné de les reprendre ».

Mahmoud Abdi Mohammed, le troisième accusé, n’a pas participé à ce début de reddition. « Il était du côté des chefs parce qu’il les craignait davantage », affirment les deux autres accusés. Plus jeune dans le box, il apparaît aussi fluet que les deux autres. Il s’exprime en somali, mais glisse tout de même quelques mots en français pour dire qu’il regrette ce qui s’est passé.

« Nous sommes tous coupables de piraterie. Nous avons fait du mal aux otages, mais je n’ai jamais souhaité qu’il y ait des morts », ajoute Abdelkader Osmane Ali.