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Il y a dix ans, l'assassinat de Jean Hélène en Côte d'Ivoire

media Jean Hélène, à Paris, en 2002. Sébastien Bonijol

Le 21 octobre 2003, Christian Baldensperger, alias Jean Hélène, était abattu d’une balle dans la tête à Abidjan par le sergent Théodore Seri Dago. Il était alors l'envoyé spécial permanent de RFI en Côte d’Ivoire. Dix ans plus tard, reste le souvenir d’un étonnant voyageur, infatigable témoin de l’actualité africaine. Ce lundi 21 octobre 2013, RFI lui rend hommage.

Jean Hélène, Yamoussoukro, RFI
Archives Les reportages de Jean Hélène 21/10/2013 - par RFI écouter
Jean venait d’avoir 50 ans. Après avoir occupé le poste de directeur de la rédaction Afrique de Radio France Internationale pendant l'année 2002, il avait souhaité repartir sur le continent africain qu'il affectionnait tant.

Il tombera en Côte d'Ivoire, le 21 octobre 2003, et sa disparition marquera durablement RFI. Le 23 janvier 2004 à Abidjan, son meurtrier, le policier Théodore Dago Sery, sera condamné à 17 ans de prison.
 
Studio Jean Hélène
 
Au siège d'Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne, le studio 32 de RFI est rebaptisé du nom de Jean Hélène ce lundi, à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort. Quant aux autorités ivoiriennes, elles décorent le journaliste à titre posthume.
 
Ci-dessus à gauche, retrouvez pêle-mêle quelques reportages issus de nos archives, pour que la voix de notre journaliste ne s'éteigne pas. Et ci-dessous, une série de témoignages et de portraits personnels de notre confrère et ami disparu.
 

 
« Le jour où nous aurions raccroché » par Christophe Champin*
 
Jean Hélène. Pour des millions d’auditeurs, c’était un nom et une voix si familière. À ses débuts comme correspondant de RFI et du quotidien Le Monde à Nairobi, à l’aube des années 1990, je faisais de mon côté mes premiers pas dans le journalisme au Zimbabwe, et j’écoutais presque religieusement ses reportages sur mon petit poste « ondes courtes ».
 
Et quels reportages ! Sobres, concis. Il avait l’art de raconter ce qu’il voyait et rien d’autre, évitant tout commentaire superflu, ne se mettant jamais en avant. C’est ainsi qu’il m’a fait découvrir l’Afrique orientale et des Grands Lacs, et, déjà, ses crises : la Somalie, le Soudan, l’Ouganda, le Burundi et, bien sûr, le génocide rwandais.
 
En 1998, il avait intégré la rédaction parisienne de RFI, avant de retourner s’installer comme correspondant régional à Libreville, l'année suivante. Car Jean était un amoureux de l’Afrique. Et les nombreux amis qu’il a laissés sur cette terre le lui rendaient bien.
 
Faire parler les victimes, quel que soit leur camp
 
En 2002 pourtant, il accepta de rentrer en France pour prendre la direction du service Afrique de RFI. Il lui fallait un adjoint. Après un déjeuner mémorable au cours duquel nous parlâmes pendant des heures de ce continent qui nous passionnait tant, il me proposa le poste. J'acceptai.
 
L’expérience fut difficile, et moins d’un an après, il demandait à repartir sur la route, non sans me conseiller d’en faire autant. Nous nous fixâmes même un rendez-vous imaginaire pour des vacances en famille, quelque part en terre africaine, le jour où nous aurions « raccroché ».
 
Pour Jean, ce fut la Côte d’Ivoire, déchirée depuis septembre 2002. Je me souviens que l’un de ses premiers gestes fut de faire le tour du pays avec son enregistreur Nagra, pour faire parler les victimes du conflit, quel que soit leur camp. Il ne savait pas qu’il serait à son tour emporté par cette crise absurde, un jour sombre d’octobre 2003.

⇒À (RE)LIRE : Emouvant adieu à Jean Hélène
 

*Ancien correspondant dans plusieurs capitales africaines, dont Dakar, Christophe Champin est actuellement adjoint à la directrice de RFI, chef du service Nouveaux médias
 

 
« Jean, cet étrange compagnon » par Bernard Nageotte**

Ma première image-souvenir de Jean : 1988 ou 89, au 5e étage de la Maison de la Radio. Il porte alors une chemisette à carreaux. Tout timide, il propose un « bobino » réalisé par le « monito », pour diffusion au « direct ».

La dernière image ? Août 2003, à Libreville. Chemisette à carreaux encore, gilet de reporter et vieux bob sur la tête. Il part, seul, naviguer sur les lacs du centre du Gabon, les grands lacs qui bordent l’Ogooué, au-delà de Lambaréné.

Jean Hélène au mois d'août 2003 à l'occasion d'un reportage à Monrovia au Liberia. AFP
Entre ces deux souvenirs, que de voyages, que de mots, de détermination... Et que d’Amitié, en majuscule.

Cet été 2003, la saison sèche là-bas au Gabon, Jean avait décidé de célébrer à sa façon ses 50 ans, en s’offrant quelques jours de repos, comme une retraite dans le silence et l’immensité verte des lacs, une région qu’il aimait par-dessus tout et où il s’accrochait à quelques racines, puisqu’une de ses tantes y avait enseigné autrefois à Ngomo.

Certainement pas un voyage parmi d’autres ! Plutôt comme une pierre blanche pour un anniversaire particulier - ses 50 ans donc - et un ressourcement avant d’affronter à nouveau la pression, les lourdes menaces d’Abidjan… C’était son dernier voyage, mais qui le savait ?

La modestie et le mot juste

Maintenant, dix ans ont passé. Avec tant de changements. Voilà pourquoi il faut, aujourd’hui, s’arrêter sur ce dixième anniversaire ; à RFI, qui sait encore ce qu’était le « monitoring », ou ce qu’était un « bobino » ? Qui peut encore voyager en toute quiétude comme nous l’avons fait ensemble à Gao, à Tombouctou, aux bords du lac Turkana, sur la côte Swahilie, à Lamu ?

Ne parlons pas d’autres bouleversements, des « printemps arabes », du vertige, de la rapidité et de l’influence des réseaux internet... Même la « Bande de Caprivi » - un nom qui nous amusait follement et une région que Jean était allé explorer tout récemment – a changé de nom...

Jean Hélène aurait dû continuer d'écrire sa vie en témoignant de ces changements, comme il l’avait toujours fait, avec tant de sérénité, de mots justes et de modestie !

Alors, à ceux qui ne connaissent pas Jean Hélène, je recommande le magnifique portrait signé de Pierre-Edouard Deldique (voir ci-dessous). Je viens de le relire, pour ressentir une fois de plus l’étonnement, l’émerveillement, l’enchantement que fut cet étrange compagnon.

Avec toi, Jean, il était facile de partir. Mais dix ans après, je ne suis pas le seul à estimer que ton dernier départ fût vraiment trop brutal, de ceux qui déboussolent. Comme tu aimais aussi beaucoup rire, permets de ma part un dernier mot, l’hommage « clin d’œil » qui te va aussi bien que ton « bob » éternel : « Chapeau Jean ! »

⇒À (RE)LIRE : « Ecrits d’Afrique-Jean Hélène », éditions de La Martinière
 



« Portrait de Jean Hélène »

Un bob sur la tête, un gilet multi-poches, un large foulard autour du cou, voilà comment on pourrait « statufier » Jean Hélène. Mais il était tout sauf un excentrique baroudeur.

Discret, réservé, il s’était lancé tardivement dans des études de journalisme, après avoir exercé de multiples petits métiers au Canada et à Paris.

Jean Hélène DR

Avec les voyages, le journalisme sera une vraie passion. Doué d’une grande force vitale, il va s’imposer par sa rigueur et son engagement sur le terrain. D’abord, pendant sept ans, comme pigiste à Nairobi pour le journal Le Monde et pour RFI.

Toujours au plus près des populations, on le retrouvera ensuite, comme grand reporter de RFI, sur tous les théâtres africains : la Somalie des seigneurs de guerre, le Rwanda du génocide, les horreurs de la guerre civile libérienne. Enfin, la Côte d’Ivoire dans ses années les plus sombres. Il venait de diriger le service Afrique de RFI, après deux ans de couverture de l’Afrique centrale à partir de Libreville.

Impossible de réduire à quelques traits ce personnage, qui avait choisi comme pseudonyme le nom de sa mère trop tôt disparue. Solitaire, entouré de beaucoup d’amis, il aura rempli sa vie en écrivant celle des autres.

Je revois Jean Hélène, assis pendant des heures sur le toit d’un 4X4, traversant la savane vers le lac Turkana, brûlé par le soleil. Il ne voulait rien perdre du moindre détail de l’immensité.

⇒ À (RE)LIRE : Le portrait écrit par Thierry Perret en 2003
 


**Ancien correspondant à Libreville, au Gabon, Bernard Nageotte est actuellement rédacteur en chef adjoint au service Afrique de RFI

 



« De l'autre côté du village », par Bartel Ndinga à Edmonton, Canada***

Jean, mon collègue, Hélène, mon frère et ami. Je suis obligé de t’écrire cette lettre. Car, de là où tu te trouves, je n’ai pas de tes nouvelles. Il est vrai Jean, que toi de l’autre côté du village, et moi au Canada de l’autre côté de l’Atlantique, un grand mur nous sépare désormais. Mais, loin de notre Afrique et surtout de notre Gabon que nous aimons tant, je refuse de croire que je n’entendrai plus jamais ta voix. Et d’ailleurs, ce sont des millions de tes auditeurs à travers le monde qui, comme moi, te cherchent et te réclament.

Jean Hélène au Gabon, au début des années 2000. Bartel Ndinga

Te rappelles-tu Jean, de ce lundi soir au quartier « Batterie 4 » ? Dans notre bureau RFI à Libreville, on s’était retrouvé comme d’habitude. Tu revenais de Mokeko, où tu avais été faire un reportage sur Ébola. Autour de ton Nagra, debout pendant que tu montais les éléments de ton reportage, j’étais presque devenu impuissant. Oui, impuissant devant les témoignages des populations de cette localité du sud du Gabon. Témoignages à propos des victimes d’Ébola, la terrible épidémie du moment.

Tu m’as regardé dans les yeux. Puis, tu as dit : « Eh Bartel, n’oublie pas qu’au Gabon, comme un peu partout en Afrique, les morts ne meurent pas. » Oui, Jean Hélène, je suis d’accord avec toi. Les morts ne meurent vraiment pas. Toi, tu n’es pas mort. Si tu devais mourir, ce ne serait pas le jour où l'on devrait te forcer à rejoindre l’autre côté de notre village. Ce serait plutôt le jour où l’on t’oublierait. Mais qui osera le faire ? Non ! De Libreville à Nairobi en passant par Brazzaville et Mogadiscio, l’Afrique ne t’oubliera jamais. Et moi non plus. 

On se retrouvera tous...

Te souviens-tu de ce mardi ? Il était presque midi. Tu m’as présenté Mohamed, un jeune Malien du village artisanal de Libreville. Yves-Laurent Goma [actuel correspondant de RFI à Libreville, NDLR] m’a confirmé que notre ami est toujours là-bas. Peut-être irons-nous encore un jour, acheter nos objets d’art africain chez lui. Voudrais-tu avoir, Christian, les nouvelles de ta tante Élisabeth ?

Elle est toujours à Joliette, au Québec. Je l’ai eue au téléphone jeudi passé. Elle a cherché à savoir si j’étais en contact avec les autres membres de ta famille. J’ai répondu « oui ». Car il m’arrive, parfois, d’échanger quelques courriels avec Anne et Sylvie, tes sœurs qui sont en France.

J’ai parlé de toi à Belvina. Ma fille n’avait que sept ans, le jour de ton passage chez nous à Montréal. Elle garde encore un grand souvenir de toi. Dix ans plus tard, elle te demande toujours. Tout comme Jean Hélène. Non, Christian, je ne parle pas de toi, mais de l’autre Jean, mon garçon que tu as vu naître au Gabon, et qui porte ton nom.

Sais-tu qu’il ma dit un jour qu’il voulait devenir journaliste comme toi et moi ? Je l’avais encouragé, en lui disant bien sûr que c’était un métier à risques, certes, mais que c’était aussi le meilleur métier au monde. Le métier qui, en réalité, n’en était pas un pour toi Jean. Mais plutôt une véritable passion pour Hélène, Christian ou tout simplement Jean Hélène.

Et de ton côté, quelles sont les nouvelles ? As-tu eu l’occasion d’écouter un jour Solola bien ? La chanson de Wengue Musica figure, je le sais, en bonne place au hit-parade de tes préférences. Je te revois encore en train d’écouter cette mélodie, un vendredi ou samedi soir après tes longues heures de travail. Pourrais-tu s’il te plaît transmettre mon salut à notre ami David Ndachi Tagne ? Dis-lui qu’un jour viendra, on se retrouvera tous, de l’autre côté du village. A très bientôt mon grand !

⇒ À (RE)LIRE : Les réactions des auditeurs en 2003
 


***Ancien correspondant de RFI à Libreville, aux côtés de Jean Hélène, Bartel Ndinga est désormais installé au Canada


L'hommage d'Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation

internationale de la Francophonie

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