L’Ethiopie interdit à ses travailleurs de s’expatrier

Djibouti, en 2010. Des Ethiopiens attendent l'arrivée de bateaux pour passer au Yémen.
© AFP PHOTO / TONY KARUMBA

Les Ethiopiens ont désormais interdiction de quitter le territoire pour chercher du travail à l’étranger. Les permis accordés aux agences de placement, qui recrutent notamment des employées de maison pour le compte de clients au Moyen-Orient, ont été suspendus. Annoncée le jeudi 24 octobre, cette disposition a pour objectif de juguler un exode qui crée « un énorme problème socio-économique pour le pays ».

La mesure est présentée comme un « gel temporaire ». Jeudi 24 octobre, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Dina Mufti, a annoncé que les Ethiopiens n’ont désormais plus le droit de quitter le territoire pour chercher du travail à l’étranger. L’interdiction restera en vigueur « jusqu'à ce que les lacunes juridiques, administratives et institutionnelles portant sur l’emploi [des ressortissants éthiopiens] à l'étranger auront été abordées. »

Les permis accordés aux agences de recrutement internationales ont également été suspendus jusqu’à nouvel ordre. Des agences, dont certaines sont accusées par les autorités éthiopiennes de tromper sciemment les volontaires au départ sur les conditions de travail dans les pays de destination. Quant aux agences qui opèrent illégalement sur le territoire éthiopien, elles seront identifiées et fermées définitivement.

L’interdiction de quitter le territoire et la suspension des permis aux agences ont pour objectif de mettre un terme à « un exode, encouragé par des trafiquants illégaux d’êtres humains, (qui) crée d’immenses problèmes à la population et à l’image du pays », a déclaré le ministre des Affaires étrangères à l’AFP.

Les causes de l'exode

L’Afrique du Sud et l’Europe comptent parmi les principales destinations des migrants éthiopiens. Mais c’est au Moyen-Orient, principalement au Liban, au Yémen et en Arabie saoudite, ainsi qu’en Israël, qu’ils affluent en plus grand nombre. Les risques mortels encourus par ceux qui tentent de rejoindre l’Europe ont été violemment mis en lumière par les drames récents à Lampedusa. Celles et ceux qui optent pour d’autres destinations n’en sont pas moins exposés.

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Ainsi, en 2012, au moins 80 000 Ethiopiens ont traversé le golfe d’Aden pour rejoindre les côtes yéménites. Quand ils échappent à la noyade, ils s’exposent aux trafiquants et à des bandes armées qui violent les femmes et prennent des otages pour obtenir des rançons.

Les causes de cet exode sont principalement économiques. Si les dernières données validées par l’Organisation internationale du travail (OIT) concernant l’Ethiopie remontent à 2004, on estime que le chômage toucherait actuellement plus de 20% de la population du pays, mais le taux approcherait des 30% chez les femmes. Et dans les zones urbaines, le taux de chômage atteindrait jusqu’à 50% chez les jeunes. Ce sont les jeunes et les femmes qui quittent le pays.

Selon le ministère éthiopien du Travail et des Affaires sociales, plus de 200 000 Ethiopiennes ont pris le chemin de l’exil, en 2012, pour devenir des employées de maison dans l’un de ces pays. Et les conditions dans lesquelles elles sont traitées sont alors souvent indignes.

Une convention internationale

Si les femmes venues des Philippines et du Sri Lanka sont nombreuses parmi les employées de maison, la part des Africaines, et notamment des Ethiopiennes, est également très importante. Les ONG et l’OIT se sont depuis longtemps penchées sur cette difficile question. Dès la fin des années 1990, des rapports ont été dressés pour alerter sur la situation de ces femmes, sous-payées, exploitées et soumises à des mauvais traitements et des violences.

En 2011, une convention a été adoptée en vue d’améliorer le sort des travailleurs domestiques. Signée par huit pays (Afrique du Sud, Bolivie, Italie, Maurice, Nicaragua, Paraguay, Philippines et Uruguay ), elle est entrée en vigueur le 5 septembre 2013.

L’an dernier, l’OIT a publié un guide des bonnes pratiques, visant notamment à pousser les gouvernements des pays où travaillent ces immigrantes à relever le niveau de protection. Le programme « Travailler en liberté », qui vise les travailleuses domestiques originaires d’Inde, du Népal et du Bangladesh a été lancé, dans le but de « prévenir la traite des femmes et des filles » en s’appuyant, notamment, sur une campagne en direction de l’opinion publique.

Mais le chemin est encore long. « L’exploitation des travailleurs domestiques, en partie imputable à des lacunes dans les législations nationales du travail, est souvent le reflet de discriminations fondées sur le sexe, la race et la caste », écrit l’OIT dans un rapport sur le travail domestique publié en janvier 2013, qui pointe qu’en 2008 et 2009, le Koweït et l’Arabie saoudite ont été les deux principales destinations des travailleuses éthiopiennes. 

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Le Liban est également concerné. En février dernier, le scandale provoqué par la mise en ligne d’une vidéo d’une Ethiopienne agressée par son employeur – la jeune femme s’est suicidée quelques jours plus tard – a été un signe de plus de la gravité des situations que vivent ces femmes.

Les autorités libanaises, en partenariat avec l’OIT, ont publié un livret à destination des travailleuses domestiques étrangères. Les conseils que l'on peut y lire donne un éclairage sur la situation que certaines de ces employées étrangères peuvent vivre : « Vous avez le droit d’appeler ou de vous faire appeler par votre famille » ; « Vous avez le droit de conserver votre passeport. » Le livret reprend également les définition des agressions sexuelles et du harcèlement psychologique.

Le rapport d'Human Rights Watch sur les revendications des droits des travailleurs domestiques dans le monde (28 octobre 2012)

Carte des avancées recensées sur le travail domestique dans le monde, par Human Rights Watch. © DR / HRW

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