Libération des otages: des négociations très secrètes

Le président nigérien Mahamadou Issoufou (g) et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius accueillant les ex-otages Thierry Dol et Daniel Larribe.
© AFP PHOTO / HAMA BOUREIMA

Dès la semaine dernière, notre correspondant dans la région suspectait une accélération des négociations autour de la libération des otages français d'Arlit. Le départ du négociateur nigérien pour un long voyage dans le désert avait attiré son attention. Le parcours qu'il a emprunté s'est avéré être le même que celui des ravisseurs. Edition spéciale sur RFI, mercredi 30 octobre, de 5h TU à 8h TU ( 6h à 9h, heure de Paris).

Dès la semaine dernière, on a su qu’il y avait des négociations très avancées pour la libération de ces otages. Un des deux négociateurs, le médiateur nigérien, fait sa valise, puis prend un 4x4, et prend beaucoup de vivres.

On a soupçonné qu’il était parti pour un long voyage. Et quand on fait un long voyage dans le désert, c’est toujours pour quelque chose. Or, on savait qu’il faisait partie des médiateurs, et il était accompagné d’un Européen qui a démenti, mais était également sur le terrain.

Démenti de François Hollande

On a pris tout de suite contact avec eux et son assistant nous a dit : « C’est vrai, votre information est bonne, mais il faut beaucoup de discrétion autour de cette affaire-là ». On a donc donné l’information en disant que les négociations s’accéléraient pour libérer éventuellement les otages.

Il y a eu immédiatement ce démenti des autorités françaises, du président François Hollande lui-même, mais nous savions que les négociations se poursuivaient. À un moment, ce médiateur, pris de panique, parce que les Français ou des alliés lui ont dit que la presse – et notamment RFI – était au courant de l’affaire, nous a fait appeler pour nous dire : « calmez vous ».

Mais en fait, c’était une stratégie pour poursuivre ces négociations. Ce qui a probablement retardé les choses, c’est que les dernières négociations se sont déroulées sur le territoire malien. Ensuite, les otages n’étaient pas au même endroit, et il a fallu les rassembler avant de pouvoir obtenir leur libération.

Filière touarègue

Le négociateur nigérien [probablement Mohamed Akotey, NDLR] est parti de Niamey et est venu vers la frontière malienne. C'est-à-dire qu’il a pris le parcours que les ravisseurs font lorsqu’ils enlèvent des otages au Niger. Pour monter vers le désert malien, mais pas dans le Sahel. Et ce qui se dit aujourd’hui, c’est qu’une partie des opérations militaires qui sont en cours aujourd’hui [opération Hydre, NDLR], avaient pour but de sécuriser les négociations en cours et le transfert de cette délégation dans le nord du Mali.

Le fait que le négociateur était membre de la communauté touarègue du Niger montre que les ravisseurs étaient sans nul doute des Touaregs. La filière est une filière touarègue.