RDC: selon la Monusco, le M23 est «quasiment fini» militairement

Les soldats congolais des FARDC fêtent leur victoire militaire à Rumangabo, au nord de Goma, sur les rebelles du M23, le 28 octobre 2013.
© REUTERS/Kenny Katombe

Après Kibumba, Kiwanja et Rutshuru-centre, l'armée congolaise continue sa progression dans l'est de la République démocratique du Congo. Lundi 28 octobre, les FARDC appuyés par la force de l'ONU, la Monusco, ont repris le camp militaire de Rumangabo. Une situation qui a amené le chef de la Monusco, Martin Kobler, à déclarer en visioconférence depuis Goma et devant le conseil de sécurité de l'Onu réuni en urgence à New York, que la rébellion du M23 est «quasiment finie en tant que force militaire». Pour le diplomate, le M23 doit donc à présent désarmer et revenir à la table des négociations.

Avec notre correspondant à New York, Karim Lebhour

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29-10-2013 - Par Léa-Lisa Westerhoff

Le M23 est maintenant «quasiment militairement fini». C’est la conclusion du chef de la mission l’ONU en RDC. Martin Kobler affirme que presque toutes les positions du M23 ont été abandonnées et reprises par l’armée congolaise. Les forces de l’ONU -dit-il- ne sont intervenues que pour protéger la ville de Kiwanga. Le Conseil de sécurité a pris acte de ce développement qui marque peut-être un tournant dans la guerre des Kivus.

Les diplomates veulent maintenant pousser Kinshasa et les rebelles du M23 à retourner à Kampala pour négocier un accord. «Les gens veulent la paix, les gens veulent que la guerre finisse et c’est aussi maintenant je crois l’intérêt de tout le monde : communauté internationale et pays de la région, de mettre fin à ce groupe rebelle, a déclaré Martin Kobler au micro de RFI. C’est aussi notre tâche, notre mandat des Nations unies, de désarmer, d’aider, d’assister, de soutenir aussi le M23 s’il veut désarmer… de trouver avec eux une solution politique… Nous étions très préoccupés par la situation militaire : il faut rentrer à la table des négociations

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L’ambassadeur rwandais de son côté ne partageait pas cet optimisme sur une reprise des négociations. Eugène-Richard Gasana a de nouveau protesté contre des tirs sur le territoire rwandais. Il dénonce également ce qu’il qualifie de «collusion» entre l’armée congolaise et le mouvement des FDLR. Le chef de la Monusco a répondu que les troupes de l’ONU sont déterminées à neutraliser tous les groupes armés, y compris les FDLR.


Sécuriser la zone

Sur le terrain, se pose la difficile question de la sécurisation des villes qui sont désormais passées sous le contrôle de l’armée régulière. A Kiwanja, Siméon 25 ans se réjouit de l’arrivée des autorités congolaises dans sa ville : « Je peux féliciter ce que notre armée loyaliste vient de faire. On vient de nous libérer. Nous venons de sortir d’au moins treize mois de souffrance avec les rebelles du M23. Ils nous ont torturés, on fait des violences contre nos mamans, nos sœurs. Ils nous ont pillés. Il avait instauré un couvre-feu à partir de 18h. On ne savait plus comment faire. Nous avons maintenant de l’espoir, car nous venons de voir une unité des FARDC, ici, chez nous. Et on veut repousser les rebelles jusqu’à au moins 20 kilomètres de notre cité ».

Vingt-quatre heures après la prise de Kiwanja et Rutshuru-centre par les forces armées congolaises, tout reste à faire pour s’assurer que la sécurité soit maintenue dans ces deux villes qui ont vécu plus des mois durant sous le contrôle de la rébellion du M23. Il va surtout falloir éviter les représailles comme le craint le général Jean Bayo, commandant-adjoint de la force de la Monusco : « Nous allons coordonner nos actions avec les FARDC, de manière à avoir une présence qui va sécuriser les populations, les rassurer, éviter aussi toute possibilité d’exactions qui pourraient être commises, soit par des malfaiteurs, soit par de gens qui voudraient s’en prendre à ceux qui ont été vus comme étant en soutien du M23. En fait, les populations, en particulier de Kiwanja, nous disent qu’ils ont beaucoup souffert. Il y a eu des morts, il y a eu aussi des vols ou d’autres violations des droits humains qui ont été commises. Et il y a toujours eu un risque, on va dire, que les populations qui ont souffert s’en prennent à des gens qui sont vus comme étant des soutiens de ceux qui ont occupé un certain temps cette ville ».