Libération des otages: les coulisses d’une opération périlleuse

Devant les quatre ex-otages, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (G), et Laurent Fabius (D), ministre des Affaires étrangères, entourent le président du Niger Mahamadou Issoufou.
© AFP/ECPAD

A peine accomplie, la libération des quatre otages français du Sahel laisse la place à de multiples questions. Quelles sont les personnes qui sont intervenues pour obtenir que leurs geôliers les relâchent, où ont-ils été libérés, comment s’est déroulée l’opération et une rançon a-t-elle été versée ? Autant d’interrogations auxquelles on commence à apporter quelques réponses pour tenter d'y voir un peu plus clair.

On l’a entendu sur l’antenne de RFI, le grand-père de l’ex-otage Pierre Legrand regrettait que la captivité de son petit-fils et de ses compagnons ait été si longue. Pour l’expliquer, il mettait en cause une lutte entre les services français. Dans son édition datée de jeudi et qui paraît aujourd’hui 30 octobre, le quotidien Le Monde confirme ces soupçons. 

Absence de résultats

En décembre 2012,  « l’Elysée ordonne à la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) de débrancher un négociateur français qui tient alors encore le haut du pavé après avoir fait libérer en février 2011, les trois premiers otages d'Arlit. Jean-Marc Gadoullet, ex-DGSE reconverti dans la sécurité au Niger et au Mali, met en avant ses contacts avec le groupe de ravisseurs dirigé par l'émir Abou Zeid. Mais l'absence de résultats et le déficit croissant de confiance signent sa mise hors jeu », explique le journal. Il bénéficiera cependant d’une courte prolongation jusqu’au 10 janvier 2013, alors que l’opération militaire française Serval est lancée contre les jihadistes du Mali, ce qui bloque tout.

A propos du versement d’une rançon, alors que Paris maintient n’avoir rien payé aux preneurs d’otages, Le Monde décrit « une opération de récupération de huit jours, une rançon et des mois de négociations » qui auront été nécessaires pour aboutir au résultat que l’on sait. Est ensuite décrite par le menu, l’opération menée à l’extrême nord-ouest du Mali, près des frontières mauritanienne et algérienne.

Dix-huit hommes, des Français et des Touaregs répartis en plusieurs voitures, sans aucun moyen de communication pour ne pas être repérés, et porteurs d’une somme de 20 millions d’euros remis par des hommes de la DGSE la veille de leur départ de Kidal, foncent vers le point de rencontre fixé. Partis le 21 octobre, ils reviennent avec ceux qui sont désormais d’anciens otages, le 29 octobre.

« Il faut payer »

Du côté des négociations, rien n’a pu être repris avant le mois de mai alors que l’opération Serval se poursuit au Mali. Le contexte a changé tout comme la direction de la DGSE et c’est maintenant le ministère de la Défense qui reprend la main et choisit un plan d’action proposé par la société de sécurité Amarante. Son président Pierre-Antoine Lorenzi forme une « équipe » avec Mohamed Akotey, proche du président Issoufou et neveu d’un ex-chef rebelle touareg. Il a le contact avec Abou Zeid le chef d’Aqmi et, après la mort de ce dernier, il le conservera avec ses lieutenants. C’est Mohamed Akotey qui dirige le convoi qui récupérera les quatre otages.

Les tiraillements entre les services français ne cesseront qu’à partir du moment où le président nigérien Mohamadou Issoufou, sûr de l’avancée des discussions, s’adresse à son homologue français pour lui donner les points de l’accord. Le Monde résume ainsi leur échange : « On peut les sortir, mais il faut payer ». « François Hollande donne son accord, poursuit le quotidien, contredisant ses déclarations devant les familles des otages d'Arlit en janvier auxquelles il assurait que la France ne paierait plus ». Selon les informations dont dispose Le Monde, l’argent versé pour la libération des otages « a été prélevé sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement ».

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.