Libération des otages: questions sur le versement d'une rançon

Les otages français au Sahel : Daniel Larribe (haut gauche), Marc Féret (haut droite), Pierre Legrand (bas gauche), Thierry Dole (bas droite).
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Les otages sont arrivés sur le sol français. Ils sont libres. Les quatre otages français enlevés en septembre 2010 retrouvent leurs proches et, passée l'émotion de leur libération, les questions sur les conditions de leur libération et notamment le versement d'une rançon se précisent.

Les conditions de la libération de ces otages et les éventuelles contreparties versées aux ravisseurs suscitent de nombreuses questions depuis l'annonce de la libération des ex-otages d'Arlit, comme à chaque libération d'otages.

à (re)lire : libération des otages, des négociations très secrètes

Comme l'explique notre correspondant à Bamako, les libérations d'otages sont assorties de plusieurs revendications. Dans le cas des otages d'Arlit, par exemple, les ravisseurs auraient pu exiger le retrait de l'interdiction du voile islamique dans les lieux publics ou dans les écoles ; ils n'ont pas demandé cela. Autre revendication, la libération des prisonniers jihadistes dans les pays du Sahel ou en France. Or il n’y a pas eu, en tout cas officiellement, de libération de jihadistes au Mali ou au Niger, ou même en France récemment, avant la libération des derniers otages d'Arlit. Dernière revendication, elle est d'ordre financier :  c’est ce qu’on appelle la rançon. Mais dès que l'on parle de rançon, personne ne veut s'exprimer.

Précisions sur le versement de la rançon

Dans le cas des Quatre d'Arlit, il y a eu une compensation financière, selon une source très proche de la médiation, citée par le quotidien Le Monde. Une information confirmée par notre correspondant à Bamako, Serge Daniel : «Nous avons effectivement, remis de l’argent, au moins 20 millions d’euros aux ravisseurs». Voilà ce que lui déclarait une source très, très proche de la médiation.

«Areva a payé ! » : écoutez Diane Lazarevic
30-10-2013 - Par Europe 1

Une voix qui concorde avec le témoignage de Diane Lazarevic, fille de Serge Lazarevic, enlevé par Aqmi au nord-est du Mali en compagnie de Philippe Verdon le 24 novembre 2011. Interrogée par Europe 1 ce mercredi matin, elle est persuadée qu'une rançon a bien été versée : «... le Quai d’Orsay m’a bien dit il y a deux mois que la France ne paierait pas, mais que sûrement Areva le ferait. Ce sont les mots du Quai d’Orsay». «Areva est une grosse entreprise, explique Diane Lazarevic, il y a beaucoup d’argent, beaucoup d’enjeux… Mon père lui derrière, il n’a pas d’entreprise, il n’a rien».

100 millions d'euros exigés à l'origine

L’historique de cette rançon serait la suivante : dans un premier temps, pour libérer les quatre otages, Al-Qaïda au Maghreb islamique avait demandé 100 millions d’euros. Entre temps, il y a eu l’intervention française dans le nord du Mali pour empêcher les jihadistes de descendre vers le Sud. Les négociations ont repris d’abord par un canal malien. Ça n’a pas fonctionné. C’est finalement le Niger qui est entré dans la boucle dans une négociation transversale puisque les otages ont été libérés sur le territoire malien. Le Mali ayant été tenu informé de ce qui se passait.

Le médiateur nigérien s’est rendu plusieurs fois sur le terrain. Quand le principe de la libération a été acquis, il a fallu s’entendre sur les modalités.

20 millions d'euros contres les coordonnées GPS des otages

Le quotidien Le Monde assure lui que plus 20 millions d'euros ont bien été versés aux ravisseurs. La remise de rançon s'est déroulée dans l'extrême nord-ouest du Mali, près des frontières algérienne et mauritanienne, dans une zone désertique. Les hommes de la DGSE ont alors échangé la somme d'argent contre les coordonnées GPS de l'endroit ou étaient cachés les quatre otages d'Arlit. Ces 20 millions d'euros proviendraient des fonds secrets de la République. Une remise de rançon qui irait donc à l'encontre de la promesse du président Hollande qui avait assuré que la France ne paierait plus.

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem questionnée sur le sujet, a déclaré dans la matinée que la France n'avait «pas changé de politique à l'égard des rançons» rappelant les propos du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. «La France n’a pas participé directement aux tractations sur la libération des otages. C’est le Niger qui a réussi à trouver une issue à cette trop longue prise d’otages. Sur la question des rançons, notre politique est constante en la matière» a déclaré la porte-parole du gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius a lui aussi été sollicité sur cette question. « La France ne paie pas des rançon, je suis clair et net. C’est la consigne qu’a donnée le président de la République, elle est respectée. Pour ce qui dépend de l’Etat français, pas d’argent public versé» a tranché le chef de la diplomatie française.

La rançon jugée crédible par un ancien agent de la DGSE

Cet ancien analyste des services extérieurs se dit nullement surpris. Pour lui, pas de doute, une rançon a bien été versée. La doctrine française en la matière avait soit disant changé, force est de constater qu’elle est toujours la même : la France continue de payer pour libérer ces otages. Vingt millions d’euros dans ce cas précis, « ça paraît beaucoup d’argent, explique cet ancien analyste de la DGSE, mais c’est crédible car, dans ce genre d’affaires, il faut récompenser beaucoup de gens ». Les intermédiaires sont nombreux et ce dernier de citer une récente affaire où le président d’un pays aurait touché une partie de la rançon.

Alors dans cette affaire, qui a payé : l’Etat français, Areva, Vinci ? Selon Le Monde, l’argent aurait été fourni par la France via des fonds secrets. Aux yeux de notre agent, Areva avait intérêt à tout faire pour libérer ces otages pour s’éviter un éventuel procès intenté par les familles. Cette rançon et son montant pourrait maintenant apparaître comme un problème pour l’exécutif. Les familles des autres otages pourraient se mettre à protester : pourquoi, ne pas payer aussi pour eux ? Ensuite, « des pays vont être secoués par ces révélations », prédit notre agent qui s’attend notamment à la réaction courroucée de l’Algérie, toujours opposée au paiement de rançons.

Cet ancien analyste des services extérieurs se dit étonné par un point : « Pourquoi ces révélations sortent-elles dans la presse si rapidement ? Est-ce là un coup politique ? », s’interroge-t-il. En attendant, la polémique est loin d’être close.

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