Ex-otages d’Arlit: les dessous d’une libération

Le président français François Hollande entouré des ex-otages Marc Feret, Pierre Legrand, Daniel Larribe, Thierry Dol (de gauche à droite), le 30 octobre 2013.
© REUTERS/Jacky Naegelen

Retour sur les dessous de la libération des quatre otages français d'Arlit rentrés en France, le mercredi 30 octobre 2013, après plus de trois ans de détention dans le Sahel. Alors qu’ils viennent de passer leur première soirée en familles, les informations sur les contreparties qui ont permis aux négociations d’aboutir se multiplient. Des négociations longues et difficiles impliquant le Niger, la France, mais aussi le Mali, où les Français se trouvaient encore il y a 48 heures.

La France a-t-elle versé une rançon en échange de la libération des otages ? Non, assurent les autorités françaises : «La France ne verse pas de rançon», a tenu à réaffirmer l'Elysée mercredi. Officiellement, le président François Hollande s’en est fait une doctrine depuis son arrivée à l’Elysée. Et mercredi soir encore le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, interrogé sur une possible rançon payée par de l'argent «privé», a répondu : «Pas d'argent public versé». Une phrase qui laisse planer le doute.

D’autant que selon une source proche des négociateurs nigériens citée par l’AFP, de l'argent aurait bel et bien été versé en échange de la libération des otages, «entre 20 et 25 millions d'euros». Cet argent aurait été prélevé sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement, affirme le journal Le Monde. C'est même, précise le quotidien, le président du Niger qui aurait téléphoné en personne à François Hollande pour lui dire en substance : «On peut les sortir, mais il va falloir payer».

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Une version que Soumeylou Boubeye Maïga, le ministre malien de la Défense refuse de confirmer, préférant parler de «compensations» plutôt que de rançon : «Nous préférons nous en tenir à ce que le gouvernement français a dit. Qu’il y ait eu des compensations sous une forme ou sous une autre, je crois, ne change rien au fond du problème», assure le ministre. Le fond du problème étant «que la lutte contre les groupes terroristes doit se poursuivre, que ces groupes ne sont pas morts depuis Serval et qu’il faut continuer la lutte contre eux sous une nouvelle forme». Et d’avancer une autre explication : «La présence de la force militaire a pu à un moment donné, peser aussi dans l’attitude finale des ravisseurs qui savaient que tôt ou tard ils devraient en arriver là. C’est-à-dire, libérer les otages».

Renégocier des contrats

On sait par ailleurs que le Niger a joué un rôle-clé dans la libération des Français. Et certains observateurs pensent que le président Mahamadou Issoufou a obtenu des contreparties, notamment une renégociation de ses contrats d’exploitation avec le groupe français Areva, qui employait les otages. Niamey dénonce en effet depuis longtemps un partenariat «déséquilibré» et réclame des retombées plus importantes pour le pays.

Le 7 octobre dernier, le PDG d’Areva, Luc Oursel a d’ailleurs été reçu à Niamey par le président du Niger. De quoi ont-ils parlé ? La perspective d’une libération a-t-elle permis au président Mahamadou Issoufou d'obtenir des garanties à ce sujet ? Pour Rhissa Feltu, le maire d'Agadez dans le nord du Niger, c'est en tout cas le moment où jamais de prendre le dessus : «C’est l’occasion pour le Niger de se repositionner et de revoir à la hausse ses contrats d’uranium avec Areva. Le Niger fait énormément d’efforts en matière de sécurité aujourd’hui. Cela doit permettre au Niger de se repositionner aussi bien dans la renégociation de ses contrats avec Areva que dans le repositionnement géopolitique dans la région».

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D’autres contreparties possibles

Ce n’est pas le seul levier dont disposait Paris, et d’autres compensations sont évoquées. Parmi elles, la récente levée des mandats d'arrêts internationaux contre des personnalités touarègues. Cette levée de sanction avait d’abord été perçue comme un geste d’apaisement de la part des nouvelles autorités maliennes. Mais aujourd’hui, certains se demandent s’il ne s’agissait pas de répondre à des exigences de combattants touaregs impliqués dans le processus de libération des otages français.

«Depuis quelque temps on savait, en tout cas du côté de la médiation nigérienne, que les choses ont beaucoup évolué et qu’il restait un dernier obstacle, notamment la question des mandats d’arrêt qui pèsent contre un certain nombre de responsables de la rébellion touarègue du côté malien», explique Seidik Abba, rédacteur en chef à Jeune Afrique. «Donc il y a eu des tractations qui ont été difficiles, qui ont impliqué à la fois le Niger, la France et même le Mali puisque c’est le Mali d’après ce que l’on sait aujourd’hui qui a permis de faire sauter les derniers verrous, les mandats d’arrêts qui ont été levés à Bamako. Et cela a été décisif», assure-t-il.

Décisive aussi une garantie d’impunité qui, selon nos informations, aurait été accordée à Iyad Ag Ghali, aujourd'hui chef du mouvement islamiste armé Ansar Dine. Cet ancien rebelle touareg serait lié aux otages d’Arlit par l’intermédiaire d’un de ses proches, Abdelkrim le Targui. Car en septembre 2010 lors de l’enlèvement des sept otages, Abou Zeid n’est pas seul, assure une source sécuritaire malienne. Il y a aussi Abdelkrim, le seul touareg à la tête d’une katiba d’Aqmi. Or Iyag Ag Ghali est doublement recherché par le Mali et les Etats-Unis. Et certaines sources assurent qu'il aurait pu se servir des otages comme d'une monnaie d’échange pour négocier son impunité et celle de ses hommes.

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