Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: le témoignage de Djibril Bassolé, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso

Djibril Bassolé, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso.
© Reuters

Djibril Bassolé, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, dont le pays est l'un des médiateurs de la Cédéao pour le Mali, et ancien médiateur pour l'ONU sur le Darfour. Il échangeait souvent avec Ghislaine Dupont, et évoque cette relation particulière avec Ghislaine dont il était proche, même si la journaliste ne le ménageait pas dans ses comptes rendus radiophoniques.

RFI : Quelle a été votre réaction à la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?

Djibril Bassolé : J’ai été particulièrement affligé par la disparition tragique de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. Je profite de votre antenne pour présenter mes condoléances les plus intimes à leurs proches, à la grande famille RFI, qui sont j’imagine, sous le choc.

Vous parliez longuement au téléphone avec Ghislaine Dupont ?

Ghislaine était pour moi une grande amie. J’avoue que je me confiais à elle, je me rappelle de nos longues conversations, depuis le Darfour quand j’y étais, jusqu’au Mali. Je l’appelais pour me confier, pour me défouler un peu, après quelques séances pénibles de négociations. Et j’avais toujours devant moi une oreille attentive. Bien sûr, par moment, on se chamaillait, il fallait nous entendre. C’était toujours très amical et jamais elle n’a trahi le moindre secret de ce que j’ai pu lui dire.

C’était souvent des conversations « off the record », comme on dit ?

J’avais vraiment trouvé en elle une amie, qui m’écoutait, qui me donnait des conseils, qui même quelquefois, me remontait le moral.

Pourquoi vous sentiez-vous à ce point en confiance ? Qu’est-ce qui fait que des hommes politiques africains acceptaient de partager leurs infos et leurs analyses des heures durant avec Ghislaine Dupont ?

Elle inspirait en tout cas, confiance. C’est vrai qu’entre elle et moi, il y avait une estime réciproque. Je ne voyais pas en elle la journaliste, je voyais l’amie avec laquelle je parlais de tout et de rien. Et quand elle sentait que je tournais en rond ou que je n’étais pas décidé à répondre, elle me le disait…Enfin, on avait ce genre de rapport et elle pouvait se le permettre aussi, parce que j’étais un ami pour elle, et elle faisait la part des choses.  Je pense que dans les reportages qu’elle faisait, jamais elle n’a favorisé ma position d’une manière particulière. Il n’y avait pas de connivence. Et quand il fallait dénoncer une approche univoque de ma part, elle le disait très franchement mais ça ne nous empêchait pas de nous parler régulièrement, de nous appeler et d’échanger nos points de vue.

Pour en revenir à leur enlèvement et à leur exécution, qui a intérêt selon vous, Djibril Bassolé, à tuer des Français au nord Mali ?

Très certainement, des gens qui sont contre le processus de normalisation. Des gens qui défendent une idéologie qui va à l’encontre des valeurs que nous, dirigeants africains, essayons de propager dans nos régions. Vous savez, il y a quelques temps des enfants s’en sont pris à des monuments…

Vous pensez donc à AQMI, au Mujao et aux anciens d'Ansar Dine ?

A ce stade, je ne voudrais pas incriminer un groupe en particulier en l’absence d’éléments de preuves matérielles.

Pourquoi les accords de Ouagadougou ne sont pas appliqués ou trop lentement au niveau du cantonnement des groupes armés, au niveau du retour de l’administration, de l’armée à Kidal ?

Il reste la délicate question du cantonnement des mouvements armés. Il semble que les moyens logistiques d’accompagnement n'ont pas encore été réunis. Et je voudrais justement en appeler à la communauté internationale, pour que très rapidement, avant même le début des négociations futures, que les mouvements armés qui sont signataires de l'accord puissent être convenablement cantonnés.

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