RDC: le chef militaire du M23 aux mains des autorités ougandaises

Le chef du M23 Sultani Makenga.
© Reuters/James Akena

Le porte-parole du gouvernement ougandais, Ofwono Opondo, a affirmé ce jeudi 7 novembre 2013 sur les ondes de RFI que son armée détient le chef militaire du M23, Sultani Makenga. Il se serait rendu avec 1 600 de ses hommes, depuis près de trois jours, après la déroute de son mouvement rebelle en République démocratique du Congo. Ces combattants du M23 ne seront pas remis à Kinshasa, a par ailleurs affirmé le porte-parole du ministère ougandais de la Défense, ce vendredi 8 novembre.

Selon Kampala, Sultani Makenga serait actuellement détenu à Kisoro avec sa garde rapprochée.

« Jusqu'à présent, nous avons reçu à peu près 1 600 commandants et combattants du M23 qui ont traversé la frontière depuis trois semaines en groupes de dix, vingt ou trente, y compris leur commandant, le général Sultani Makenga. Tous sont maintenant détenus par l'armée ougandaise dans le secteur de Kosoro, et nous espérons bientôt les installer dans un camp de transit où nous pourrons les protéger et prendre soin d'eux. Ceci, en attendant la signature d'un accord de paix lundi 11 novembre. Donc oui, je peux confirmer que nous avons 1 600 combattants y compris leur commandant, le général Sultani Makenga », a affirmé le porte-parole de gouvernement ougandais.

Les combattants du M23 ne seront pas remis à Kinshasa

Ofwono Opondo a également précisé que le général Sultani Makenga s’est rendu « il y a trois jours, à peu près, mais pour des raisons évidentes nous ne pouvons pas divulguer où il se trouve exactement, ni où se trouvent les autres responsables, mais je peux vous confirmer qu'il est avec les autorités ougandaises » avant d'indiquer « et nous avons donné cette information au gouvernement de la RDC et à toutes les personnes qui ont facilité le processus de paix », a déclaré à RFI le porte-parole du gouvernement ougandais, Ofwono Opondo.

Ces éléments du M23 présents en Ouganda « ne sont pas prisonniers. Ce sont des soldats fuyant la guerre, donc nous les accueillons et les aidons, parce que c'est de notre responsabilité, comme nous l'avons fait pour des soldats de l'armée de RDC plus tôt dans l'année », a déclaré à l’AFP le colonel Paddy Ankunda, porte-parole du ministère ougandais de la Défense et de l’armée ougandaise, ce vendredi 8 novembre. Il a par ailleurs confirmé que le gouvernement ougandais ne compte pas remettre à Kinshasa ces éléments du M23.

A Kampala, le M23 dénonce une « propagande »

Plusieurs sources indiquent que Sultani Makenga aurait été surpris dans le parc de Mgahinga dans la nuit de lundi à mardi par les gardes de ce parc national. Mais son statut semble encore incertain.

L’un des proches du général Sultani Makenga a assuré à RFI ne pas être détenu et être avec son chef, du côté congolais de la frontière. « Ils n’ont qu’à montrer notre lieu de détention », explique-t-il. Après avoir démenti et qualifié ces informations de « propagande », le président du M23, Bertrand Bisimwa, qui se trouve à Kampala, a déclaré « avoir moins d’informations que les responsables ougandais ».

Un chiffre surprenant

Au plus fort de la rébellion, le M23 disposait de 1 500 hommes, ce qui rend surprenantes les déclarations des autorités ougandaises qui assurent en avoir accueilli plus que cela sur leur sol.

Les experts estimaient que ceux qui résistaient encore sur la colline de Chanzu le week-end dernier n’étaient pas plus nombreux que 400/450 hommes. Plusieurs centaines d’entre eux, dirigés par Sultani Makenga - 100 à 300 selon les sources - auraient choisi de s’installer du côté ougandais de la frontière.

Une centaine d’autres aurait trouvé refuge du côté du Rwanda avec à leur tête, Innocent Kaina, dit India Queen, l’un des commandants du M23 les plus redoutés. Une information démentie, cet après-midi, par Séraphine Mukantabana, la ministre rwandaise en charge des Réfugiés. « Si cela était vrai, je serais au courant » a-t-elle déclaré à RFI.

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De son côté, l'ambassadeur du Rwanda aux Nations unies, Eugène Gassana, a admis que son pays avait reçu 51 blessés du M23. « Ils sont assistés par la Croix Rouge, comme il se doit. Je ne suis pas au courant d'autre chose », a-t-il expliqué à RFI.

Cette région montagneuse se situe à cheval sur les trois pays : RDC, Ouganda et Rwanda. Une frontière naturelle, mais aussi complètement poreuse.