19e conférence sur le changement climatique: agir vite, une nécessité

Plus de 190 pays sont réunis à Varsovie pour donner un nouvel élan à la lutte contre le changement climatique.
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La 19ème conférence des Nations unies sur la lutte contre le changement climatique, la COP 19, débute aujourd’hui à Varsovie. Alors que les évènements climatiques extrêmes se multiplient, que le premier volet du 5ème rapport du GIEC - Groupe International d’Experts sur le Climat -, sorti en octobre, annonce un réchauffement inéluctable d’ici 2100, il est fondamental que les 195 pays réunis à Varsovie se mettent d’accord à l’issue des 15 jours de réunion.

En 2009, la 15ème conférence qui se tenait à Copenhague, aurait dû déboucher sur de nouveaux accords. En effet, le protocole de Kyoto sur la limitation des émissions de gaz à effets de serre prenant fin en 2012, le texte devait être renégocié mais les Etats n’ont pas réussi à s’entendre et rien n’a été signé. Les seuls accords ont porté sur un engagement, non contraignant, à ne pas dépasser 2°C d’augmentation de la température moyenne d’ici 2100 et sur la création de fonds «verts» pour financer les conséquences du changement climatique.

Financer l’adaptation au changement climatique

Les fonds verts devaient mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020, mais on est aujourd’hui loin du compte. Les pays s’étaient engagés à dépenser 30 milliards de dollars, entre 2010 et 2012, mais un an plus tard, les fonds sont crédités de seulement 6 milliards de dollars, ce qui correspond aux deux tiers du coût des Jeux olympiques de Londres ! De surcroît, les pays développés ont pour majorité tiré ces financements de l’aide au développement. Pour Luc Lemprière, directeur exécutif de l’ONG Oxfam France, « il aurait fallu des dépenses additionnelles car ce sont les populations les plus pauvres qui voient leur situation s’aggraver avec le changement climatique. »

La crise pour justifier l’inaction

Pour se justifier de ne pas avoir tenu leurs engagements financiers, les pays développés accusent la crise, et les petits pays, comme les états insulaires qui seront les premiers à subir la montée des eaux, ont perdu toute confiance. Tout le monde a de «bonnes» raisons de repousser à plus tard les décisions concernant l’environnement et le climat.

L’argument premier des Etats est que «les caisses sont vides». Mais un rapport du GIEC a pointé le lien entre les phénomènes extrêmes et le changement du climat, d’autre part, les retombées économiques de ces phénomènes climatiques se font sentir aussi dans les pays développés comme les Etats-Unis. L’économie ne peut donc plus faire l’impasse sur ce sujet.

A Varsovie, oublier le court terme

Pour Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la Nature et l’Homme, les Etats doivent oublier leur fonctionnement égoïste à court terme et assumer qu’un pan entier de l’économie échappe à l’impôt : «Les caisses sont vides parce qu’un certain nombre de financements innovants, comme la taxation sur le trafic aérien ou sur les transactions financières, notamment, n’ont jamais vu le jour ». Et dans ce domaine, les Etats doivent faire preuve de détermination. Nicolas Hulot suggère également de revoir la fiscalité pour l’environnement en évitant de la faire peser sur le travail mais sur les prélèvements des ressources énergétiques et naturelles sur les impacts environnementaux et la pollution.

Réduire l’augmentation de température

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Le 6 novembre dernier, l’Organisation météorologique mondiale annonçait que de nouveaux records de concentration de gaz à effets de serre – dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote - avaient été battus en 2012. Dans ces conditions, limiter l’augmentation de la température va demander une détermination sans faille. Les quatre objectifs des ONG environnementales à la conférence de Varsovie semblent donc simplement de bon sens : réduire les émissions de gaz à effet de serre, créer un mécanisme pour financer les pertes et les dommages dus au changement climatique, sécuriser les financements publics additionnels pour les pays les plus pauvres et vulnérables et fixer un calendrier post-2020 pour annoncer les objectifs de réduction d’émissions.

Varsovie avant Paris

Après Varsovie, la 20ème conférence se tiendra à Lima, au Pérou, en décembre 2014, puis la France accueillera la 21ème à Paris en 2015. La France réussira-t-elle là où Copenhague a échoué, en faisant signer « un accord applicable à tous et juridiquement contraignant (…) permettant de respecter l’objectif de contenir le réchauffement climatique à +2°C » ainsi que l’écrit le dossier de presse du ministère de l’environnement ? Cela semble aujourd’hui difficile à croire. Pour Jean-François Julliard de Greenpeace, le président Hollande « continue de traîner l’écologie comme un boulet au pied et non comme un élément de la relance économique », difficile donc d’être convaincant dans ces conditions. Cette première semaine de la conférence est consacrée aux négociations entre experts, puis la semaine prochaine, les ministres français des Affaires étrangères, de l’Ecologie et en charge du développement, pourront faire à Varsovie la preuve de leur détermination.