Arabie saoudite: des milliers d’immigrés éthiopiens illégaux expulsés

Des travailleurs éthiopiens attendent d'être rapatriés, à Manfouha, dans le sud de Riyad, le 11 novembre 2013.
© REUTERS/Faisal Al Nasser

C’est une opération d’expulsion de grande ampleur qui se déroule depuis une dizaine de jours. L’Arabie Saoudite expulse des travailleurs illégaux, pour la plupart africains. L'ambassadeur d'Ethiopie a annoncé, ce mercredi 13 novembre, que 23 000 Ethiopiens se sont rendus aux autorités. La situation est extrêmement tendue, voire explosive. Des émeutes ont éclaté dans le sud de Riyad où trois Ethiopiens ont été tués.

Avec notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez

Ces derniers jours, trois Ethiopiens ont été tués à la suite de violentes émeutes entre policiers et immigrés clandestins dans le quartier de Manfouha. C’est un quartier pauvre du sud de Riyad où de nombreux travailleurs immigrés illégaux vivent avec leurs familles. Ils sont pour la plupart originaires du Mali, de Guinée, d'Ethiopie et d'Erythrée. Ils y vivent dans des conditions d’insalubrité et de misère extrême.

Avant de devenir des indésirables ou encore des parias, ces hommes travaillaient sur les chantiers en tant que chauffeurs. Ils étaient commerçants et les femmes, quant à elles, étaient employées de maison ou domestiques.

Depuis ces échauffourées de dimanche, des milliers d’Africains ont décidé de se rendre à la police. Avec femmes et enfants, ils sont dirigés par bus dans des centres d’accueil et d’hébergement à la périphérie de Riyad où ils attendent avec impatience d’être expulsés. Pour tous ces immigrés, ce sera peut-être la fin d’un calvaire et d’un cauchemar.

Les causes de ces expulsions

Les raisons pour lesquelles l'Arabie Saoudite expulse tous ces travailleurs immigrés, qui vivent pourtant dans le royaume depuis longtemps, sont nombreuses. Pendant des années, ces hommes et ces femmes dépendaient de « parrains » saoudiens qui ont abusivement exploité le système en leur réclamant des fortunes – parfois 8 000 euros – pour leur délivrer des papiers, comme par exemple un permis de travail, souvent illégaux.

Le problème aujourd’hui pour ces travailleurs, c’est qu’ils n’ont pas pu régulariser leur situation avant le 4 novembre, dernière date d’expiration de la période d’amnistie accordée par le roi Abdallah. Ils se sont ainsi retrouvés en situation de clandestins.

Par ailleurs, les autorités saoudiennes sont persuadées que le départ forcé de tous ces travailleurs étrangers, estimés à 9 millions de personnes, et de cette main-d’œuvre bon marché devraient être bénéfiques dans les années à venir pour l’économie du royaume où le taux de chômage atteint officiellement 12,5%, et officieusement 30%.

Interviewé par RFI, Mohamed est Africain et vit en Arabie Saoudite depuis quinze ans où il travaille comme ouvrier. Il revient sur les échauffourées dans le quartier de Manfouha, à Riyad.

Jusqu’à présent, le quartier de Manfouha est coupé du reste de Riyad. Tu ne peux pas rentrer et tu ne peux pas sortir. On y fait la chasse aux Ethiopiens pour les faire expatrier.
Mohamed
14-11-2013 - Par Clarence Rodriguez