Dans un blog, le prêtre français enlevé au Cameroun témoignait des tensions dans la région

Le père Georges (au milieu) entouré d'enfants du village, l'an dernier à Nguetchéwé.
© Diocèse de Nanterre

En septembre, le père Georges Vandenbeustch, le prêtre français enlevé dans la nuit de mercredi à jeudi 14 novembre au nord du Cameroun, racontait son quotidien dans une belle lettre publiée sur le blog de la paroisse de Sceaux (Hauts-de-Seine) à laquelle il est rattaché. Avec humour et précision, il faisait partager son expérience de prêtre expatrié.

C’est un témoignage à la fois touchant et édifiant que donnait à partager le père Georges à travers une lettre publiée en septembre dernier sur le blog de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sceaux (Hauts-de-Seine) à laquelle il est rattaché mais qu’il a quittée en août 2011, pour une mission de trois ans minimum. Sobrement intitulée Deuxième année au Cameroun, cette longue correspondance de plus de 11 000 signes débutait sur une constatation et un étonnement.

« Les combats font rage juste à côté »

« Le " monde " s’éloigne un peu. Du moins celui qui était le mien et le vôtre », écrivait-il en préambule à ses paroissiens. « Il s’éloigne, poursuivait-il, par la largeur des paysages si différents de ceux des Hauts-de-Seine, mais surtout par le style de vie des habitants. Aujourd’hui encore, je mesure avec toujours plus d’étonnement, comment le climat, les conditions de vie modèlent la culture, le langage et donc la façon de penser et de vivre ».

A ces considérations sociologiques succédaient très vite les réalités du terrain. « Les combats contre la secte islamiste font rage juste à côté », écrivait le prêtre un peu plus loin. « Il y a quinze jours, poursuivait-il, nous entendions de chez moi les bombardements. Pendant trois jours, l’armée du Nigeria a bombardé des refuges de Boko Haram ». « Mais cela fait des mois voire plusieurs années, soulignait-il, que les autorités ont en fait perdu le contrôle de ces zones ».

Un prêtre français enlevé à Nguetchéwé dans le nord du Cameroun. © RFI

« Les réfugiés, constatait-il, sont majoritairement chrétiens. Là-bas dans beaucoup de localités, c’est la conversion à l’islam, la mort, ou le départ. Plusieurs catéchistes du pays voisins que nous connaissions ont été tués. Mais rassurez-vous, la sécurité ici est bonne, car le Cameroun sert de refuge aux islamistes pourchassés  […] Mis à part l’enlèvement de la famille française en février (Ndlr : le couple Moulin-Fournier et ses quatre enfants enlevés en février et libérés en avril), ils n’ont pas de revendications et de " combats " à mener ici, du moins pour l’instant. Cette base arrière leur est précieuse ! »

« Mais cette crise va avoir très vite des répercussions sociales et économiques fortes », s’inquiétait l’ecclésiastique. « La région dans laquelle je suis, indiquait-il, est une des plus densément peuplées du Cameroun, et depuis plusieurs décennies il y a eu des migrations saisonnières pour travailler au Nigeria plus riche. Cela a fourni le complément financier permettant à beaucoup de familles de tenir ici, car les terres sont rares ».

« Un potentiel de tensions pour demain »

Après avoir narré dans le détail un pèlerinage en groupe de 86 kilomètres à pied aller-retour à la mission de Tokombéré, qui lui avait laissé « les pieds en feu », le père Georges fait part avec humour de sa fierté d’avoir construit une chapelle mais aussi un puits dans l’école publique de son secteur de Nguetchéwé. « Là au moins il y a du tangible ! », se réjouissait-il. « Ah ! Il n’est pas peu fier le père Georges devant " son " puits ! », reprenait-il en se moquant de lui-même, avant de concéder : « Je comprends que certains puissent se perdre dans des beaux projets de développement ».

Puis il concluait sa correspondance de façon à la fois poétique et prophétique : « Il faudrait que je vous écrive la prochaine fois sur l’islam ici, son histoire et son potentiel de tensions pour demain dans notre région. Sur l’usage des téléphones mobiles. Et les projets d’autofinancement de la paroisse et du diocèse. Si vous avez senti l’odeur de la brousse à la lecture de ce courrier, si vous avez vu les vastes étendues de savane écrasées tour à tour de soleil et de pluies, il est temps pour vous de prendre des vacances ! ».

On ne l’a appris que ce jeudi après-midi, le père Georges avait été averti par le Quai d’Orsay des dangers qu’il encourait en restant sur place. « Il lui avait plusieurs fois été précisé que c'était une zone dangereuse » et « on lui avait recommandé expressément de ne pas y rester, mais il avait estimé qu'il devait y rester », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, en marge d'un déplacement au Maroc.

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