Centrafrique: des communautés «au bord du gouffre»

A Bossangoa, ici le 18 octobre dernier, la situation est «indigne» selon l'archevêque de Bangui.
© AFP PHOTO/Pacôme PABANDJI

En République centrafricaine, des dizaines de milliers de villageois qui ont fui les attaques et exécutions sommaires perpétrées tant par des groupes armés que par des forces de la Seleka dans le nord-ouest du pays, « n'ont toujours pas regagné leurs habitations ». C'est le constat que dresse Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, qui rentre d'une tournée dans la région.

L’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, s'est notamment rendu à Bossangoa, une ville secouée en septembre par des affrontements entre éléments armés « anti-balaka » (anti-machette) et membres de la Seleka et toute une série d'exactions.
A Bossangoa, « depuis le 11 septembre, il y a deux communautés : la communauté musulmane qui se trouve dans l’école Liberté, la communauté chrétienne se trouve à l’évêché. Et ce climat de peur règne encore dans le cœur et sur le visage des uns des autres », témoigne l’archevêque de Bangui au micro de RFI.

La peur de toutes parts

Il a vu des familles vivant dans une grande promiscuité. Elles cuisinent, mangent, dorment, se lavent et font leurs besoins au même endroit. « Vous avez plus de 40 000 personnes dans un petit périmètre, où la situation sanitaire est décadente », décrit-il. Avouant son « indignation », il en appelle « aux autorités pour que l’on puisse décider d’en finir avec cette situation en mettant des gendarmes, des policiers qui pourront faire des patrouilles ».

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Selon lui, les gens souhaitent rentrer chez eux, mais « ils ont peur ». Une peur partagée, de toutes parts. « J’ai senti la peur sur le visage de certains, parce qu’ils savent qu’au quartier, ils pourraient être arrêtés et tués. J’ai senti la peur, aussi, du côté des Seleka parce qu’ils pensent qu’il y a des anti-balaka parmi ces gens-là qui pourraient aussi leur régler leur compte. J’ai senti la peur du côté des musulmans, qui pensent que les chrétiens hébergent aussi des anti-balaka. De part et d’autre, ce climat de peur. Il va falloir en sortir par le dialogue », insiste-t-il.

Instrumentalisation politique

Pour Mgr Dieudonné Nzapalainga, cette méfiance mutuelle est entretenue par certains, et le pays doit tout faire pour éviter de tomber dans le piège d'une confrontation intercommunautaire.

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« Certains essaient d’exploiter, pour ne pas dire instrumentaliser ou bien encore récupérer les situations. Mais nous, nous disons, en tant que responsables religieux : cette question est une question politique », martèle l’archevêque. « On ne peut pas confondre, en disant ce sont des chrétiens qui s’attaquent à des musulmans ou les musulmans qui attaquent les chrétiens. C’est faux », insiste-t-il. « Musulmans, chrétiens, nous avons toujours été ensemble. Aujourd’hui, nous sommes quelque part au bord du gouffre », conclut-il.

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