RCA : le ministre de la Sécurité veut «cantonner et caserner» les éléments de la Seleka

Tensions dans les rues de Bangui le 29 octobre 2013.
© AFP PHOTO/PACOME PABANDJI

Après une période d'accalmie, Bangui est à nouveau théâtre d'épisodes meurtriers quasi-quotidiens depuis dimanche. Tous impliquent les ex-rebelles de la coalition Seleka qui a renversé le président François Bozizé en mars 2013. Mercredi 13 novembre, à Bangui, des ex-rebelles ont ouvert le feu sur une foule qui protestait contre l'enlèvement d'un soldat faisant un mort parmi les civils. Josué Binoua est ministre de la Sécurité, de l'immigration-émigration et de l'ordre public au sein du gouvernement de transition. Il est l'invité de Nicolas Champeaux.

RFI : Etes-vous inquiet de la reprise d’incidents liés à des membres de la Seleka à Bangui ?

Josué Binoua : Oui, parce qu'après une période d’accalmie nous assistons ces derniers jours à une multiplicité d’incidents. Et nous venons de sortir d’une réunion de sécurité où le président de la République a réaffirmé trois principes. Le premier, c'est que tout ce qui relève des opérations de maintien de l’ordre est du domaine exclusif de la gendarmerie et de la police, c’est-à-dire du ministère de la Sécurité.

Les forces de police et de gendarmerie justement ont eu à en découdre avec des membres de la Seleka, c’est bien cela ?

Avant-hier [mardi 12 novembre, ndlr], lors d’une opération de rétablissement de l’ordre, dans le troisième arrondissement, il y a eu des coups de feu qui ont été tirés de part et d’autre. Un policier a été blessé.

C’était le premier accrochage ou il y en a eu d’autres ?

Il y a eu une série d’accrochages, mais c’est allé plus loin, puisqu’il y a eu blessure d’homme, ce qui est inacceptable. Les forces de défense s’occupent de la défense opérationnelle, sauf réquisitions. Donc, tant que les militaires ne sont pas réquisitionnés, ils doivent être casernés et nous avons six casernes dans la ville de Bangui. Ce principe a été encore réaffirmé aujourd’hui : tous les militaires doivent rester en caserne avec leurs armes et ils ne peuvent pas se promener avec les armes dans la capitale. Le principe de la complémentarité, de la délimitation des responsabilités, a été réaffirmé aujourd’hui [mercredi 12 novembre, ndlr] par le président de la République et nous le rendons public.

Les principes ne suffisent pas. La Seleka avait déjà été dissoute, mais ses membres ont conservé une capacité de nuisance. Comment les mettre vraiment hors d'état de nuire ?

Pour les mettre hors d'état de nuire, il faudrait, un, les cantonner, les caserner et entreprendre le principe Désarmement-démobilisation-réinsertion.

Les ex-rebelles qui se comportent en brigands, qui organisent des braquages, qui pillent, qui ponctionnent une partie des récoltes, agissent-ils selon vous de façon isolée ou croyez-vous qu’ils agissent de façon cordonnée et que le butin est centralisé ?

Il nous faut aujourd’hui retenir toutes les hypothèses et les services de renseignements doivent nous aider à répondre à ces questions. S’agit-il d’une organisation qui se distribue le butin comme des dividendes? Nous aimerions bien connaître cela pour les traduire en justice.

Pour le moment, vous ne savez pas s’ils agissent sur ordre ? Vous n’en avez aucune idée ?

Il faut retenir toutes les hypothèses et éliminer, après enquête celles, qui ne tiennent pas.

Il y a les membres de l’ex-Seleka qui sont dans la nature. Il y a aussi visiblement des membres de la Seleka qui font du tord au sein d’institutions de la transition, comme au Comité extraordinaire pour la défense des acquis démocratiques, le Cedad. Selon la Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, ils pourraient être responsables d’arrestations arbitraires et de détentions arbitraires dans un centre caché au sein même du bâtiment de la Cedad. Partagez-vous les préoccupations de Navi Pillay ?

Le ministre de la Justice vient de nous en parler et en ce qui nous concerne, il est vraiment hors de question qu’en dehors des centres de détention officiels, il y ait d’autres centres de détention.

Vous en confirmez l’existence ?

S’ils sont cachés, ils ne peuvent pas être avérés. Maintenant, lorsqu’il y a des centres cachés et que nous les détectons, nous essayons de les combattre et de les poursuivre.

Il y a donc un certain ménage à faire au niveau de ce Comité extraordinaire, qui se comporte un petit peu comme une police parallèle. C’est ce que semble suggérer la haut-commissaire des droits de l’homme de l’ONU...

C’est une également question d’école. Parce qu'il y a ceux qui pensent que de tels centres ne doivent pas s’occuper du maintien de l’ordre - y compris arrêter et détenir les gens -, et d’autres qui pensent que ces centres-là peuvent également faire le travail de police. C’est de bonne guerre, ces divergences de point de vue. En ce qui nous concerne, le chef de l’Etat l’a réaffirmé : tout ce qui touche le maintien de l’ordre relève bel et bien de la sécurité publique.

Donc, ce comité n’est pas habilité à procéder à des arrestations ?

Ils sont habilités à faire ce qui relève de leur responsabilité, qui exclut tout ce qui est arrestation, tout ce qui est détention, tout ce qui relève du travail de la police et de la gendarmerie.

Vous allez faire passer le message aux membres de ce comité ?

Ils assistent à toutes les réunions et nous débattons, nous échangeons en toute fraternité.

Ils étaient présents à la réunion de ce mercredi ?

Tout le monde était présent, personne n’est exclu.

Le chef de l’Etat leur a transmis le message de façon claire ?

Le chef de l’Etat a été très clair, il a répété les responsabilités pour que nous dénichions les braqueurs, pour que nous dénichions ceux qui font des enlèvements, pour que nous dénichions tous ceux qui vivent en dehors de la loi.

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