Libye : calme précaire à Benghazi, l’armée en état d’alerte

Des habitants de Benghazi fuient les combats entre Ansar al-Charia et l'armée dans le quartier de Ras Obeida, le 25 novembre.
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

Benghazi vit dans un calme précaire. Dans la nuit de dimanche à lundi 25 novembre et jusqu’au milieu de la matinée, la grande ville de l'Est libyen a été le théâtre de violents affrontements entre la milice islamiste Ansar al-Charia et des éléments des forces spéciales. Un bilan donné par les autorités a fait état d'au moins 9 morts et d'une cinquantaine de blessés. Le gouvernement a appelé les habitants au calme. L'armée est en état d'alerte. Ordre a été donné aux soldats de rejoindre leurs unités. Ces violences entre militaires et le groupe jihadiste Ansar al-Charia sont les premières du genre.

Il ne se passe quasiment pas un jour sans que Benghazi ne soit touchée par un attentat ou un assassinat. Par contre, des combats entre les militaires et Ansar al-Charia, c'est du jamais vu. Leur origine reste floue. Des éléments des forces spéciales seraient entrés dans le district de Birkah, où les islamistes tiennent des check-point. L'armée accuse la milice d'avoir alors attaqué. Les islamistes, eux, assurent que les militaires ont ouvert les hostilités à coups d'insultes avant de faire feu à l'arme lourde.

En tout cas, les affrontements se sont rapidement étendus à d'autres quartiers. Des combats jusqu'en milieu de matinée. Les autorités ont appelé les gens à rester chez eux. Les écoles, les boutiques sont restées portes closes. Pourtant, certains habitants ont voulu se faire justice eux-mêmes en attaquant plusieurs locaux d'Ansar al-Charia.

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Dans la journée, un des représentants du groupe s'est exprimé à la télévision. Il a annoncé que ceux qui ne respectaient pas la charia, la loi islamique, devaient être combattus et tués.

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On sait qu'Ansar al-Charia possède d'autres bases dans la région. L'armée craint donc l'arrivée de renfort et a prévenu que tout convoi tentant d'entrer sans permission à Benghazi serait bombardé par les forces aériennes.

Au cours des combats, deux de leurs bases, notamment celle qui se trouvait dans une caserne des forces de l’ancien régime, ont été incendiées ainsi que les locaux d’une radio et d’une clinique dont ils s’occupaient.

Chassée de la ville, il y a plusieurs mois, l’organisation y avait conservé des poches d’influence qui se sont développées. Elle contrôlait ainsi plusieurs check-points et menait des actions caritatives.


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Hanan Salah, basée en Libye, est chercheuse pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). Elle explique qu'avec le temps, depuis la fin de la révolution, Ansar al-charia a réussi à devenir un groupe très puissant.

Hanan Salah
25-11-2013 - Par Sébastien Nemeth

« Ansar al-Charia est en fait une large alliance de groupes qui ont acquis beaucoup de puissance ces deux dernières années, depuis la fin de la révolution. Le mouvement est très implanté dans l'est du pays. Il occupe aussi des locaux à Derna, Ajdabiya ou encore Ras Lanouf, des villes où il a constitué un large réseau », explique Hanan Salah.

Profitant du vide sécuritaire après la chute de Mouammar Kadhafi, Ansar al-Charia fait la loi, en particulier dans l'est du pays. A Benghazi, par exemple, Ansar al-Charia a ouvert une clinique de soins gratuits et rend des services à la communauté. « Il existait jusqu'à présent une certaine collaboration entre les forces de sécurité et ce mouvement qui gérait un certain nombre de barrages dans la ville », explique la chercheuse.

« Je pense que le problème d'Ansar al-Charia reflète celui de l'ensemble du pays avec ce genre de milices. Une multitude d'entre elles ont aidé le pouvoir à contrôler le territoire, et le gouvernement n'essaie pas réellement de les démanteler. Il ne les contrôle pas. Ce sont ces groupes qui ont conquis une grande partie de l'autorité, notamment dans l'Est. »