Mali: remous et tensions après la fusillade de Kidal

Des soldats de la Minusma montent la garde devant le siège du gouverneur de Kidal
© REUTERS/Stringer

Les événements de jeudi 28 novembre à Kidal provoquent des remous. Ce jour-là plusieurs centaines de manifestants ont été violemment dispersés par l'armée malienne alors qu'ils protestaient à l'aéroport, où devait atterrir le Premier ministre, qui a finalement dû annuler sa visite. Bilan : un mort et cinq blessés, selon le MNLA. Suite à ces événements, Bamako a très vite haussé le ton vis-à-vis de la Minusma, présente sur place à Kidal au moment des faits. Hier, le patron de la mission onusienne, Bert Koenders, a été reçu par le président Ibrahim Boubacar Keita qui a fait part de son mécontentement, devant l'attitude « passive » des soldats de l'ONU.

La télévision nationale du Mali, d’habitude invitée à couvrir ce genre d’audience, n’a pour une fois pas été conviée. Tout un symbole. Et de source proche de la rencontre, le président Ibrahim Boubacar Keïta n’est pas passé par quatre chemins. Devant Bert Koenders, patron de la mission onusienne à Bamako, il a choisi ces mots pour marquer son mécontentement, son étonnement.

Etonnement face aux mesures de sécurité insuffisantes prises par la même Minusma lors de la dernière visite, prévue à Kidal et finalement annulée, de Oumar Tatam Ly, Premier ministre malien.

Vive tension

Sur place, ce jour-là, des manifestants plutôt indépendantistes se sont dirigés vers l’aéroport de Kidal pour s'opposer à la venue du Premier ministre. Des coups de feu ont éclaté, blessant des civils. Les groupes rebelles accusent l’armée malienne d’avoir tiré alors que de son côté, l’armée régulière accuse plutôt les manifestants.

Depuis, la tension est plutôt vive. Surtout, l’aile politique du MNLA annonce, sur le papier seulement pour le moment, la rupture du cessez-le-feu. L’aile militaire du mouvement n’a pas confirmé.


■ Point de vue : la grogne monte au sein du MNLA

Ce vendredi, le vice-président du groupe a estimé que l'intervention de l'armée malienne, pour disperser les manifestants, était une déclaration de guerre de la part du gouvernement. D'autres dirigeants du mouvement tempèrent, et estiment que la reprise des hostilités n'est pas d'actualité. Mais ils mettent en garde Bamako, et demandent le respect de l'accord de Ougadougou signé le 18 juin, pour mener les deux camps vers la paix.

Pour le MNLA, l'incident de l'aéroport de Kidal, c'est l'incident de trop. « Depuis des semaines, nos hommes sont sur les nerfs », explique un dirigeant du mouvement. Le ressentiment contre Bamako s'accumule dans les rangs rebelles. Les Touaregs affirment avoir prouvé leur bonne volonté en rétrocédant des bâtiments officiels à Kidal et en cantonnant leurs hommes. Mais pour eux, le pouvoir bafoue l'accord de paix de Ouagadougou en refusant la libération de prisonniers, et le lancement de négociations.

Alors, quand les soldats maliens sont accusés d'avoir tiré sur la foule jeudi, le vice-président du MNLA Mahamadou Djeri Maïga, a donc vu rouge : « C’est le Mali qui a fait une rupture de cessez-le-feu. Face à cette situation, les forces armées de l’Azawad se réserveront le droit de protéger leurs populations. Et ce qui s’est passé ne restera pas impuni. »

Mais, si une frange du mouvement serait prête à l'affrontement, plusieurs hauts dirigeants touaregs temporisent. Pour Ambery Ag Rissa, représentant du secrétaire général du mouvement à Kidal, ces propos va-t-en guerre ne doivent pas être pris au sérieux : « Je pense qu’il a raison d’être en colère mais je pense qu'il est allé loin dans sa déclaration. Il ne faut pas la prendre au sérieux. Il est normal que les gens aient parfois des sautes d’humeur et des débordements dans leur tête. On n’en est pas encore là. »

Ambery Ag Rissa ajoute cependant qu'en cas de nouvel incident, il sera difficile d'empêcher les hommes de reprendre le combat.

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