Bérets rouges tués au Mali: un charnier découvert près de Kati

Entrée du camp militaire de Kati, près de Bamako, Mali, le 3 octobre 2013.
© AFP PHOTO/HABIBOU KOUYATE

C’est une découverte aussi macabre que capitale qui vient d’être faite au Mali : un charnier dans lequel se trouvaient les corps de 21 bérets rouges. Ces militaires, proches de l’ancien président Amadou Toumani Touré, avaient mené une tentative de contre-coup d’Etat qui avait été violemment réprimée en avril 2012 par la junte militaire, dirigée par l’ex-capitaine Sanogo. Le meneur du coup d’Etat de mars 2012 a été inculpé la semaine dernière à Bamako dans le cadre de cette affaire. Cette découverte pourrait accélérer les choses.

Les corps de 21 bérets rouges ont été découverts cette nuit, peu avant 4 h du matin. Le juge d’instruction en charge de l’affaire, Yaya Karembé, accompagné de la brigade d’intervention judiciaire de la gendarmerie malienne et du ministre malien de la Justice en personne ont procédé à une fouille à Diago.

Cette localité, proche de la capitale Bamako, se trouve surtout à proximité du camp militaire de Kati, le fief des bérets verts dirigés par l’ex-capitaine Sanogo.

Des papiers d’identité retrouvés près des corps

Diago est une commune rurale de sept villages qui abritent environ 10 000 habitants. Avant d’arriver sur les lieux du charnier, il faut dépasser une petite cimenterie, tourner à gauche et longer un champ. C’est à 500 mètres de ce champ que les 21 corps ont été découverts. Il faut désormais attendre les expertises, les analyses pour révéler l’identité exacte des personnes enterrées, il y a ici plusieurs mois. Mais sur place, des indices commencent à parler : au moins deux cartes d’identité ont été retrouvées. Elles appartiendraient à des militaires, communément appelés des bérets rouges, des parachutistes disparus depuis fin avril 2012 lors d’une tentative de contre coup d’Etat.

Ce jour-là, le général Amadou Sanogo était au pouvoir et c’est son groupe qui a réprimé cette tentative de coup d’Etat. Pour arriver, sur ces lieux, la justice malienne a reçu des témoignages depuis deux semaines. Des militaires, proche un moment du général, ont révélé l’existence de ce charnier. A Diago, personne n’est véritablement surpris même si on ne veut pas trop parler. Sous couvert de l’anonymat, on murmure « Je savais que ça allait se terminer par une découverte macabre », explique un habitant. « En mai 2012, des camions de militaires sont nuitamment venus ici, non loin de ce champ. J’ai entendu des coups de feu », ajoute un de ses voisins.

Vers une accélération de la procédure contre Sanogo ?

Cette découverte a été possible grâce aux témoignages de militaires inculpés dans le cadre de la même procédure que Sanogo. La semaine dernière, ils sont au moins sept à avoir été inculpés. Une quinzaine d’autres font l’objet de mandat d’amener.

De sources judiciaires et sécuritaires, plusieurs d’entre eux ont avoué avoir participé aux exécutions et ont donné aux enquêteurs les indications qui leur ont permis de localiser le charnier. Cette découverte pourrait faire rapidement évoluer la procédure qui vise Amadou Haya Sanogo, puisqu’il n’est à ce jour inculpé que pour « complicité d’enlèvement ».