Les conflits en Afrique au coeur du Sommet de l’Élysée

Démonstration militaire du régime à Benghazi (est de la Libye), le 8 novembre 2013, alors que cette région est en proie à une violence meurtrière.
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

Le Sommet de l’Élysée entre la France et l’Afrique s’ouvre ce vendredi 6 décembre à Paris. Une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement seront présents. Si l’économie et le climat sont au programme, il sera surtout question de la paix et de la sécurité en Afrique, et notamment en Libye et en RDC.

La Libye sera l'un des dossiers importants abordés lors de la séance à huis clos consacrée à la paix et à la sécurité en Afrique. Car la Libye partage 4 000 kilomètres de frontières avec six pays confrontés soit à des mouvements jihadistes soit à des mouvements rebelles. Des frontières poreuses. « La Libye, c'est une vraie passoire, et personne ne contrôle rien en Libye », lâche-t-on ainsi dans l'entourage de François Hollande.

Alger, de son côté, avait mis en cause la porosité des frontières libyennes lors de la prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas, et Niamey avait fait de même suite au double attentat dans la capitale nigérienne et à Agadez. Pis, la moitié sud du pays, laissée à l’abandon par l’État libyen, est aujourd’hui le refuge des jihadistes chassés du Mali.

Les voisins de la Libye ont fait des propositions pour régler le problème. « Trop même », selon Paris, qui ne s'avance pas sur les conclusions du sommet sur la Libye, lâchant juste que la France pourrait appuyer des initiatives de type bilatéral. L'aide apportée ou proposée pour l’heure par les partenaires de la Libye – formation de gardes-frontières initiée par Bruxelles, formation de policiers promise par la France – semble insuffisante.

Le délitement de l'État libyen complique la tâche. « On ne sait pas bien qui appeler en Libye », se lamentent aussi des diplomates africains. « Au moins on a des gens en Libye qui souhaitent coopérer », relève Paris, qui espère que les 27 s'empareront du dossier libyen lors du conseil européen consacré aux questions de défense les 19 et 20 décembre prochain.

Le Kivu au centre de toutes les attentions

L’autre conflit qui préoccupe aussi aujourd’hui la communauté internationale sur le continent africain est celui qui mine l'est de la RDC. Depuis sa création, le M23 avait focalisé l'attention de la communauté internationale, de la Monusco en particulier, et du gouvernement congolais.

Tous les moyens militaires, congolais comme onusiens, étaient concentrés sur cette rébellion, au détriment de dizaines d'autres groupes qui – pour certains – en ont profité pour étendre leur influence dans l'est du Congo, mais aussi au Katanga. Dans le seul territoire de Rutshuru, dont une portion seulement était contrôlée par le M23, sept autres groupes armés sont ainsi toujours actifs. La priorité semble aujourd'hui d'en finir avec les groupes étrangers – les FDLR, les rebelles hutus rwandais et les ADF-NALU, la rébellion ougandaise. Le chef maï-maï Cheka, accusé de commettre des atrocités, figure également en tête de liste, mais il a échappé pour l'instant aux opérations de la Monusco.

Pourtant, la défaite militaire du M23 est perçue par beaucoup comme un tournant. D'abord parce que les FARDC ont montré qu'ils étaient capables de réussir une offensive d'ampleur. Ensuite parce que la Monusco, longtemps décriée, a prouvé qu'avec sa nouvelle brigade d'intervention, elle était capable d'apporter un appui décisif dans la lutte contre les groupes armés.

A (RE)LIRE : RDC: le M23 met un terme à sa rébellion dans l'est du pays

Mais au-delà de l'option militaire, c'est surtout sur le désarmement volontaire que compte la communauté internationale. Or, pour le moment, des discussions sont encore en cours pour trouver les voies et les moyens d'accueillir les milliers combattants qui pourraient choisir de déposer les armes.


Les forces africaines désormais en première ligne

À l'heure où s'ouvre le sommet de l'Élysée consacré à la sécurité, les conflits perdurent en Afrique, mais de plus en plus les forces africaines s'y déploient.

Guerres civiles, conflits frontaliers, foyers de tension… aujourd'hui le continent africain réagit avec ses propres moyens lorsqu'éclate une crise. En Somalie, l'Amisom est d'ailleurs exclusivement africaine et mène la lutte contre les milices shebabs. Entre les deux Soudans, ce sont des casques bleus éthiopiens qui, sous mandat de l'ONU, surveillent la frontière. Dans le Kivu, en RDC, là où la mission des Nations unies a semblé si longtemps impuissante, c'est la brigade intégrée formée par l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Malawi qui est allée au front contre les rebelles du M23.

Les forces africaines sont désormais une composante incontournable dans la résolution des crises. Au Mali, en Guinée-Bissau et en Centrafrique les contingents africains sont déployés et constituent les épines dorsales des missions onusiennes qui souvent prennent le relais. L'Union africaine a même lancé avec succès en 2008 une opération militaire en son nom sur l'ile d'Anjouan dans les Comores pour déloger le colonel Bacar.

Mais l'Afrique a besoin de davantage de réactivité, de formation et de moyens. C'est pourquoi l'Union africaine met en place actuellement une force africaine de réaction rapide et à terme se dotera d'une force africaine en attente, un embryon d'armée. L'objectif étant que les forces africaines soient aussi efficace que l'opération Serval, c'est-à-dire la force française qui est intervenue en janvier dernier au Mali.

A (RE)LIRE : Pour Ouattara, il faut arriver à la mise en place de la Caric, la Force africaine de réaction rapide

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.