Ousmane Sow : «L’Académie ce n’est pas un rien !»

L’artiste sénégalais Ousmane Sow, ici à côté de ses œuvres exposées lors du vernissage à la citadelle de Besançon en juin 2013.
© AFP / SEBASTIEN BOZON

Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow sera ce mercredi 11 décembre officiellement installé à l'Académie des Beaux-arts à Paris, en tant que membre associé étranger. Âgé de 78 ans, c'est le premier artiste africain reçu au sein de cette institution. Une cérémonie est prévue sous la Coupole de l'Institut de France, au bord de la Seine. Ousmane Sow se verra remettre une épée des mains d'un autre Sénégalais, l'ancien président Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Entretien.

Ce 11 décembre vous êtes le premier artiste africain à être reçu à l’Académie des Beaux-arts. Comment vous vivez ce moment ?

C’est une sorte de récompense de mon travail. Je n’ai jamais visé arriver aussi haut. Ils ont attendu de trouver un Noir qui réponde à leurs critères, pour m’inviter à les rejoindre. Je peux dire un Noir, puisqu’il n’y a pas eu de Noir. Donc je sens cela doublement formidable. D’abord pour l’Afrique, je ne parle pas du Sénégal, mais de l’Afrique et surtout les jeunes. Parce que c’est surtout pour eux que je vais faire cette cérémonie – les jeunes artistes – parce que je me dis qu’après ils vont se dire que toutes les portes leur sont ouvertes. Parce que l’Académie ce n’est pas un rien !

Au cours de cette cérémonie, vous aurez un habit créé par le couturier Azzedine Alaïa et une épée dont vous avez vous-même réalisé le pommeau. Dites-nous ce que c’est ce pommeau.

J’ai représenté un Nouba qui sort comme ça… C’est un peu ma propre histoire, puisque quand je les ai créés c’était un saut dans l’inconnu.

Vous avez créé cette série des Noubas dans les années 1980 ?

Oui, c’était un saut dans l’inconnu. Quand j’ai abandonné mon cabinet de kinésithérapeute, je ne savais pas où j’allais.

À l’époque, quand vous avez réalisé cette série de sculptures des Noubas, une ethnie du Soudan du Sud, vous ne vous consacriez pas à la sculpture. Vous aviez un autre métier.

Oui, à l’époque, la sculpture c’était pour moi une sorte de hobby un violon d’Ingres. À un moment donné, il y a eu conflit entre mon cabinet et les expositions que je faisais à l’extérieur, et j’ai choisi la sculpture. Dès les premières expositions, j’ai vu quand même la tournure que ça prenait, l’engouement du public. Je me suis dit : bon, ça va, il faut continuer. Donc après les Noubas j’ai fait les Massaïs, les Peuls… C’est une sorte d’exaltation.

Vous disiez, avant les Noubas, la sculpture c’était votre hobby. Comment avez-vous commencé à sculpter ?

Très tôt. Je devais avoir… je ne sais pas, sept ou huit ans. On faisait les travaux pratiques. Les uns dessinaient, les autres faisaient des maquettes, moi je faisais de la sculpture, mais en taillant sur du calcaire avec une lame. Et c’est comme ça que les choses sont parties. Surtout avec l’instituteur, qui, à chaque fois, prenait mes petites sculptures et les mettait au-dessus de l’armoire. Mon père qui était avare de compliments montrait quand même un certain engouement. Alors, j’ai continué.

Après la série des Noubas, il y en a eu d’autres séries : les Massaï, les Zoulous, Peuls, la bataille de Little Big Horn, des sculptures de très grande taille, une œuvre figurative. Qu’est-ce que vous cherchez à exprimer à travers tout ça ?

C'est-à-dire que je n’aime pas trop parler. Donc je m’exprime. Et comme je ne parle pas à haute voix, je voudrais que tout le monde m’entende, c’est pour ça que ce sont des sculptures surdimensionnées. Et puis le choix de l’art figuratif c’est quand même le besoin de communiquer dans un langage que tout le monde comprend.

On vous connaît pour vos grandes sculptures. Et aujourd’hui vous travaillez sur de petites sculptures, des sculptures sur les figures qui ont marqué votre vie :   Mandela, Martin Luther King, votre père Moctar Sow ?

Oui, voilà. Je me suis dit que je suis arrivé à un stade où il faut quand même remercier ceux qui m’ont soutenu moralement, tout au moins comme exemple. Mon père en a été le premier. Et puis Mandela, il y a eu Victor Hugo, Gandhi et puis, dernièrement, j’ai fait L’homme et l’enfant [dans le cadre du réagencement du monument aux morts de la ville de Besançon en juin 2013, ndlr]. Cela représente ce qu’on appelle les justes. C’est-à-dire ceux qui ont sauvé les juifs pendant la guerre. Donc j’ai voulu aussi qu’ils soient dans la catégorie des grands hommes.

C’est une façon de rendre hommage ?

Oui, aux gens qui le méritent. C’est mon prix Nobel, un prix Nobel de comportement.

Ecouter l’interview avec Ousmane Sow.
09-12-2013 - Par Sarah Tisseyre