L'adieu des foules sentimentales à Nelson Mandela

Cape Town (Afrique du Sud), le 10 décembre 2013. Une femme plongée dans ses pensées après avoir suivi la retransmission en direct de la cérémonie officielle.
© REUTERS/Mark Wessels

Le gotha politique - mais aussi artistique, sportif - mondial a tenu à marquer sa présence dans les immenses tribunes du FNB Stadium de Johannesburg. Mais partout dans le monde, les anonymes ont également suivi cette cérémonie d'exception. Parce qu'il touchait par sa simplicité le plus modeste des hommes, Mandela a ainsi conquis beaucoup de coeurs. Ces coeurs-là se sont confiés aux micros de RFI, à Dakar, Paris, ainsi qu'à Washington, où les élus du Capitole ont réagi à la poignée de main - très - inattendue entre Barack Obama et Raul Castro.

Revivez la cérémonie d'hommages à Nelson Mandela

■ A Dakar, « Mandela au panthéon des sages »

Dans un bar situé dans le quartier Amitié 2, la télévision est allumée. Au comptoir, Benjamin Mampassi, professeur de mathématiques, a les larmes aux yeux. « C'est quelque chose qui n'est pas prévisible. Je ne me suis pas réveillé en me disant "il faut que je regarde". Mais vous êtes en voiture, vous mettez un peu la radio, l'émotion surgit. On assiste à une situation unique dans l'histoire de l'humanité. C'était tellement fort, ce qu'il a fait était presque impossible. C'est extraordinaire. »

Yves, le patron, renchérit : « Mandela rentre aujourd'hui au panthéon des sages. Sa réflexion, sa pensée, sa morale deviennent un enseignement pour tous. D'ailleurs, ce sont des mots qui ont été cités tout à l'heure par Barack [Obama]. Transformer la souffrance et la haine en sagesse, pour avancer. »

A l'université Cheikh-Anta-Diop, ils sont nombreux les étudiants, casques sur les oreilles, en train d’écouter les discours à la radio, sur leurs téléphones portables, comme Abdoul Aziz, Mamecor et Ousmane : « C'est ma façon à moi de rendre hommage à Mandela. Je ne peux pas être en Afrique du Sud. J'écoute la radio pour être aussi en communion », « on est quête de repères dans ce monde », « qu'il repose en paix, ce monsieur, ce grand homme ».

■ A Paris, des échanges et des larmes

La déferlante d'hommages à Nelson Mandela submerge aussi la France et Paris. Ce matin, place de la République, dans les quartiers de l'est de la capitale, la cérémonie d'adieu au grand homme était retransmise sur un écran géant de plusieurs mètres de hauteur. Au cours de la commémoration plusieurs centaines de parisiens sont venus rendre hommage à Madiba. Un moyen pour eux, de se souvenir ensemble de l'homme, mais aussi de partager leurs émotions.

« Le silence régnait, les gens regardait. Il y avait un grand respect qui m'a beaucoup impressionné », décrit cet homme.

Du respect et de l'émotion. Parfois ils se sont arrêtés alors qu'ils se rendaient au bureau.
En voyant tous ces visages tournés vers l'écran, la force dégagée était intense. Bien plus prenante que tout seul chez soi : « C'est beaucoup mieux d'être entouré. On se rend mieux compte de l'impact qu'a eu cet homme sur le monde. Tout seul chez soi, on a de la peine, mais quand on voit la peine qu'il peut susciter chez les autres personnes, on se sent plus fort, et on se lâche à pleurer », confie cette spectatrice qui fond en larmes.

Cet homme, lui, a assisté à l'ensemble de la cérémonie. La regarder en public, c'est aussi tisser des liens et échanger : « On peut discuter avec d'autres personnes et donner des avis.  Comme, je vois l'impact que cela a sur les gens. »

Bien plus qu'un simple écran géant, la retransmission donnait à chacun l'opportunité de s'unir avec les autres. S'unir, finalement comme le prônait Nelson Mandela.

■ A Washington, polémique politicienne autour de la poignée de main Obama-Castro

→ A (RE)LIRE: Cérémonie d'hommage à Nelson Mandela: Barack Obama ovationné, Jacob Zuma hué

La poignée de main historique entre Barack Obama et Raul Castro en Afrique du Sud suscite de nombreux commentaires aux Etats-Unis, et surtout dans la communauté d’origine cubaine.

Le président américain Barack Obama serre la main de Raul Castro, président cubain, le 10 décembre au FNB Stadium de Johannesburg. © REUTERS/SABC via Reuters TV

Ce sont en majorité des commentaires d’espoir qui circulent sur les réseaux sociaux, mais les réactions négatives sont les plus remarquées, comme celle du sénateur Mc Cain qui se demande « pourquoi serrer la main d’un homme qui emprisonne des Américains » ou celle d'une représentante républicaine de Floride Ileana Ros-Lehtinen, qui a interpellé John Kerry au Congrès :

« Parfois une poignée de main n’est qu’une poignée de main. Mais quand le leader du monde libre serre la main ensanglantée d’un dictateur brutal comme Raul Castro, cela devient de la publicité pour les tyrans. Alors que nous parlons, des leaders de l’opposition cubaine sont détenus et battus alors qu’ils souhaitent commémorer la journée des droits de l’homme. Ils vont être dévastés en découvrant cette photo. »

Ce à quoi le secrétaire d'Etat américain a répondu. « Aujourd’hui nous avons honoré Nelson Mandela, et comme le président l’a dit dans son allocution en hommage à Mandela : nous demandons avec insistance aux responsables politiques de respecter la lutte de Mandela pour la liberté en respectant les droits fondamentaux de l’homme... »

Et la sénatrice de le couper : « Vous diriez que Raul Castro respecte les droits fondamentaux ? ». Kerry : « Non, absolument pas… »

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