Centrafrique: difficile reprise de l’aide humanitaire à destination des déplacés

La famille Kezono, dans le camp de déplacés de Bossangoa, près de l'église Saint-Antoine-de-Padoue, le 25 novembre dernier.
© REUTERS/Joe Penney

Plus de 600 personnes ont été tuées en une semaine en République centrafricaine. Le pays, privé de tout et pratiquement coupé du monde, est aujourd'hui menacé d'une crise humanitaire sans précédent. A Bossangoa, à 300 kilomètres au nord de la capitale, la présence des troupes françaises a permis la reprise de l’aide humanitaire. A Bangui, la première grosse distribution alimentaire s’est tenue ce vendredi 13 décembre, non loin du site de déplacés installés près de l'aéroport.

Jean-Yves Le Drian s'est rendu jeudi à Bosangoa, à 300 kilomètres au nord de Bangui, où un détachement français participe aux côtés de la force africaine à des opérations de sécurisation. Des opérations qui semblent porter leurs premiers fruits. Les organisations humanitaires peuvent à nouveau travailler dans un climat relativement apaisé, alors qu'elles avaient dû stopper leurs activités la semaine dernière. Leur tâche est immense, tant le nombre de déplacés dans Bossangoa est grand.

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Tandis que la dizaine de militaires français progressent en colonne sur l’artère principale de Bossangoa, le capitaine Daniel, qui dirige la patrouille, en explique l’objectif : « Cela nous permet de prendre la température. Et, en même temps, on affiche la présence de la force dans tous les recoins de la ville. »

L'arrivée de l'armée française a permis le retour des ONG

Quelques minutes de marche plus loin, la colonne parvient au séminaire. Une église autour de laquelle se sont massés 37 000 déplacés qui ont formé là une petite ville de branchages et de bâches bleues. Ici, l’arrivée des Français a permis la reprise de l’aide humanitaire. « A l’arrivée de l’armée française, ça s’est calmé », confirme Fécouti Isidore, aide médical de Médecins sans Frontières. « 3 000 à 5 000 enfants ont reçu des médicaments antipalu et des médicaments antiparasitaires », précise-t-il.

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Mais les besoins sont immenses. « On n'a pas assez à manger. [On manque] y compris du savon. Là, on souffre », explique ainsi Adeline, l’une des déplacées, assise à l’ombre d’un arbre en bordure du camp.

Le désarmement au défi de la défiance mutuelle

En principe, ces déplacés sont sous la protection de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomac) et de la force française. Il a donc fallu rendre les armes. Mais quelques centaines d’anti-balakas pourraient encore se cacher au milieu des civils. « En aucun cas il ne doit y avoir des hommes armés à l’intérieur de ces camps de réfugiés », assure le capitaine français Jean-Yves.

A l’école Liberté, là où ce sont rassemblés les déplacés musulmans à Bossangoa, on parle de 7 000 personnes. « Si on retournait chez nous, les anti-balakas viendraient nous tuer. Ils tuent les musulmans. Même un petit, un bébé, ils le tueraient », assure Ataï, qui vit dans le camp de l’école Liberté. Si les hommes en armes sont devenus rares en ville, il faudra longtemps avant que la confiance ne revienne entre les voisins à Bossangoa.

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■ A Bangui, l'impatience et la faim

La première grosse distribution alimentaire à Bangui a été effectuée ce vendredi 13 décembre, non loin du site de déplacés installés près de l'aéroport où plus de 40 000 personnes sont entassées par crainte de représailles. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et une ONG italienne, Coopi, ont tenté de répondre à la forte demande. Mais les populations, affamées et fatiguées, ont eu du mal à rester patientes devant les longues files d'attente.

Des déplacés dans un avion désaffecté, près de l'aéroport de Bangui, la capitale centrafricaine, le jeudi 12 décembre. © REUTERS/Emmanuel Braun

Vendredi matin, encadrés par des soldats français et de la Fomac, les ONG ont tenté de répondre tant bien que mal aux attentes d'une population qui manque de nourriture depuis des jours. Des portions de riz, de haricots et d'huile, enfin disponibles pour les 40 000 civils entassés près de l'aéroport de Bangui. Des civils qui, au bout de plusieurs heures sous le soleil, se disent excédés par une si longue attente.

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Guy Adoua, le représentant adjoint du PAM, était sur place pour coordonner. Selon lui, la tension est montée lorsque les habitants d'un quartier populaire voisin sont venus se confondre aux longues queues des déplacés. « Beaucoup de gens se sont présentés pour les distributions. Il fallait gérer toute cette foule. A côté de ces populations, celles d’autres quartiers qui, en principe ne le devaient pas, se sont présentées... Ça a été assez difficile, à la fin. Mais l’essentiel a été fait », a assuré Guy Adoua au micro de RFI.
Pour lui, il s’agit désormais de « tirer les leçons. [...] Je pense que l’on va pouvoir se réorganiser et pouvoir atteindre notre objectif : celui d’assister les populations qui sont cantonnées dans le site à côté de l’aéroport. »

Il a également appelé les habitants à ne pas mettre la « pression » lors des distributions. « Quand on le fait de manière beaucoup plus calme, beaucoup plus organisée, c’est vrai que cela demande un peu de temps. Mais, à la fin, on est sûr que l’on a atteint tout le monde et que tout le monde est satisfait. Mais quand on le fait sous pression, parce que tout le monde veut se servir, et que les gens qui sont programmés, peut-être, pour l’après-midi, veulent être servies le matin, cela créée beaucoup de complications et, à la fin, ça ne se passe pas très bien », a-t-il insisté.

La peur de manquer

L'ONG Acted assure également des distributions de nourriture avec le PAM. Fréderic Linardon, le responsable d’Acted à Bangui a, lui aussi, constaté ces phénomènes de foule liés à l'exaspération et à la faim. « Si des gens qui ont faim depuis une semaine voient de la nourriture arriver et qu’ils ont l’impression qu’il n’y en aura pas assez pour tout le monde... Eh bien... l’estomac ne pense qu’à lui-même. Donc, ça déclenche des phénomènes de précipitation des gens qui peuvent, parfois, tourner carrément à la violence », témoigne Fréderic Linardon.

Pour les ONG, il est nécessaire que ces distributions soient correctement encadrées par les militaires. Mais il faut également associer des leaders locaux, des chefs de quartiers qui peuvent efficacement apaiser les populations et faciliter ces distributions.

Les distributions alimentaires vont se poursuivre ces prochains jours aux abords de l'aéroport de Bangui et, dans un second temps, dans les quartiers de la capitale.

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