Madagascar frappé par la peste, un mal anachronique

Un enfant travaille dans les rues d'Antananarivo. La peste est particulièrement contagieuse chez les hommes, et notamment les enfants.
©

Chaque année, Madagascar se débat avec des épidémies de peste et celle de cette année est particulièrement virulente : 90% des cas de l'épidémie actuelle à Madagascar sont des cas de peste pulmonaire, c'est-à-dire qu'elle se transmet directement d'homme à homme. Pourquoi la Grande Ile fait partie des derniers pays au monde où la peste sévit encore ? Eléments de réponse à Antananarivo.

A Madagascar, ces dernières semaines, 39 personnes sont décédées de la peste. Ce chiffre a été fourni à la fois par le ministère de la Santé et l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé. L'épidémie, cette année, est d'une ampleur inattendue : elle touche des régions du nord du pays comme du centre et du sud, où les agents du ministère de la Santé et des ONGs sont déjà à pied d'oeuvre pour traiter la maladie. La capitale Antananarivo n'est pas à l'abri non plus, à cause d'une saison des pluies plus forte et plus précoce, et de l'entassement des ordures mal géré par la ville.

« Les rats migrent vers les villes »

Onze pays dans le monde sont encore concernés par la peste, et parmi ces 11 pays, Madagascar. Pourquoi?  C'est d'abord une question d'environnement, selon  la docteur Céline Seignon-Kandissounon, représentant-résident de l'OMS à Madagascar. « Nous sommes victimes d'une déforestation massive, qui fait que les rats migrent vers les villes. Il y a ensuite l'ambiance climatique : les pluies, l'humidité, sans oublier le micro-climat spécifique aux  Hautes-Terres qui favorise vraiment cette situation. »

Le manque de réactivité des populations explique pourquoi la peste est toujours présente dans le pays. Les gens ne sont pas forcément conscients de comment il faut réagir. « Dès qu'un symptôme se manifeste, par exemple, on a de la fièvre, il ne faut surtout pas rester à la maison en se disant que ça doit être le sorcier ! Il faut se précipiter dans un centre de santé. »

Des maladies « négligées »

Enfin, la dernière explication de cette tragédie anachronique est à chercher dans le fait que la peste fait aujourd'hui partie des maladies tropicales dites « négligées ». Autrement dit, comme très peu de pays dans le monde sont de nos jours touchés, elle est en quelque sorte passée de mode. « Ces maladies tropicales négligées, explique la représentante de l'OMS, ne suscitent plus chez nos partenaires une quelconque mobilisation  pour réunir les fonds nécessaires. Nos partenaires se disent qu'il y a d'autres défis de santé tels que le paludisme qu'il importe de relever. Mais, si on prend l'exemple de Madagascar, 39 décès sur 80 cas de maladie déclarée, c'est vraiment très grave. »

Chaque année la peste à Madagascar fait entre 200 et 1000 morts.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.