Rwanda: peine alourdie en appel à quinze ans de prison pour l’opposante Victoire Ingabire

Victoire Ingabire (G) lors de l’audience du 20 juin 2011.
© AFP/Steve Terrill

Au Rwanda, l’opposante Victoire Ingabire a été condamnée, ce vendredi 13 décembre 2013, à quinze ans de prison ferme. Une peine bien plus lourde qu’en première instance, décidée par la Cour suprême de Kigali dont les juges ont confirmé sa culpabilité pour des chefs de « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre », « minimisation du génocide » de 1994 au Rwanda, et « propagation de rumeurs dans l'intention d'inciter le public à la violence ».

La peine de Victoire Ingabire a été sévèrement alourdie. L'opposante rwandaise avait écopé de huit ans de détention, il y a un an, devant la Haute Cour de Kigali. Ce verdict est toutefois plus clément que les vingt-cinq ans requis par le parquet début avril. Le compte twitter de Victoire Ingabire vient de réagir. Il écrit que l'injustice du gouvernement, du parti au pouvoir RPF et du président Kagame a encore une fois prévalu.

→ A (RE)LIRE : Rwanda : huit ans de prison ferme pour l’opposante Victoire Ingabire

L'opposante était accusée d'avoir voulu former une alliance avec les rebelles hutus rwandais FDLR, d'avoir aussi tenu des propos jugés négationnistes, notamment devant le mémorial de Gisozi, un lieu hautement symbolique au Rwanda puisqu'environ 250 000 victimes du génocide de 1994 y sont enterrées.

Deux fois, à la barre, l'opposante avait dénoncé des preuves sans fondement, dont certaines seraient des faux, selon elle, avec des témoignages à charge obtenus sous la contrainte. Son parti, le FDU, qui n'est pas autorisé dans le pays, a toujours dénoncé un procès politique.

« Nous n'allons pas baisser les bras »

« J’ai été très ému. J’avais espéré qu’elle soit libérée aujourd’hui, parce que la première cour avait éliminé toutes les accusations que le procureur avait présentées. J’ai été étonné que la Cour suprême ait repris les premières accusations, témoigne Lin Muyizéré, le mari de Victoire Ingabiré qui vit actuellement aux Pays-Bas. Mais il est décidé à ne pas baisser les bras : « Elle a reçu la peine de 15 ans de prison... Mais derrière Victoire, il y a toute la masse rwandaise de l’intérieur et de l’extérieur, qui continue à lutter pour la cause qu’elle est allée défendre... Nous n'allons pas baisser les bras ».
 

→ A (RE)LIRE : Rwanda: à la barre, l'opposante Victoire Ingabire demande le réexamen des preuves

L'affaire Ingabire a été critiquée sur la scène internationale. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch avait remis en cause la fiabilité des preuves et reproché au pouvoir son refus de tolérer toute opposition. « Le message est clair : s’il y a des opposants qui critiquent le gouvernement, ils pourraient passer de nombreuses années en prison. Cette décision de la Cour suprême illustre, en autres, l’aspect politique de ce procès et le manque d’indépendance du système judiciaire rwandais dans des dossiers politiques de ce genre. C’est un signal inquiétant. Le Rwanda est un pays qui a beaucoup avancé sur le plan économique, sur le plan du développement… Mais en matière des droits civils et politiques, il y a des violations de la liberté d’expression », a réagi Carina Tertsakian, responsable Rwanda de l'ONG à l'issue du procès.. Le procureur a toujours balayé ces accusations, niant tout procès politique, affirmant que les preuves contre Victoire Ingabire étaient irréfutables.