Explosion de Mpila: le domicile du colonel Ntsourou attaqué par l’armée congolaise

Photo prise à Brazzaville après les explosions du dépôt de munitions de Mpila
© AFP/GUY GERVAIS KITINA

La situation est très tendue depuis, ce lundi matin, dans le centre-ville de Brazzaville. Des dizaines de soldats de l'armée congolaise ont encerclé la maison du colonel Marcel Ntsourou. L'ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité avait été condamné en septembre 2013 à 5 ans de travaux forcés avec sursis pour l’explosion du dépôt de munitions de Mpila en mars 2012 qui avait fait près de 300 morts. L'officier et plusieurs dizaines de ses fidèles armés se sont retranchés dans le bâtiment où une fusillade très intense a éclaté dans la matinée.

L’armée est en train d’attaquer mon domicile. Depuis hier soir, des troupes sont concentrées autour de ma maison.
Colonel Marcel Ntsourou
16-12-2013 - Par Boniface Vignon

Les dizaines de militaires sont déployés en grand nombre autour de la maison du colonel. La zone est quadrillée depuis le lever du jour, des blindés sont même arrivés en renfort. Personne n'a le droit de franchir le périmètre. Seuls quelques habitants ont pu passer les barrières pour quitter le secteur. Certains même emportaient avec eux des affaires en fuyant le quartier désert. Les écoles et administrations ont été évacuées.

La fusillade a cessé, mais la situation est toujours tendue. Face aux soldats, le colonel Ntsourou a rassemblé une centaine d'hommes. Des fidèles qui seraient, selon nos sources, armés et en civil.

Peu après 10h30 ce lundi matin, un hélicoptère a commencé à surveiller la zone. Une dizaine de minutes plus tard, une fusillade a éclaté. Joint à ce moment-là par RFI, le colonel Ntsourou a déclaré que l'armée était en train de prendre d'assaut son domicile, que plusieurs de ses hommes avaient été tués ou blessés, mais que lui et ses fidèles étaient prêts à résister et à mourir jusqu'au dernier s'il le fallait.

Du côté des autorités, on estime qu’il s’agit d’une opération de légitime défense. Le directeur de la police nationale, Jean-François Ndenguet explique que les gardes du colonel ont ouvert le feu sur des agents de la force publique mandatés par le juge pour une perquisition à son domicile : « Dans la journée d’hier, une patrouille de police a été attaquée par des bandits armés au quartier Plateau des 15 ans de Brazzaville. Une enquête a été ouverte et a établi la présence des véhicules ayant participé à l’attaque au domicile du colonel Ntsourou. Le procureur de la République a délivré une réquisition pour faire une perquisition au sein du domicile du commanditaire. Mais les officiers judiciaires n’ont pas pu accéder à la maison, ils ont été accueillis avec des coups de feu de la part d’éléments armés présents sur les lieux ».


→ A (RE)LIRE : Le colonel Marcel Ntsourou sur RFI: «l’explosion de Mpila est un accident»


■ Epilogue d’une situation qui dure depuis plusieurs mois

Le colonel Ntsourou est un fidèle du président Sassou-Nguesso, qui est tombé en disgrâce il y a deux ans. En octobre 1997, il fait partie des officiers qui jouent un rôle clé dans la victoire militaire des miliciens cobras du général Denis Sassou-Nguesso, après cinq mois d'une bataille acharnée dans les rues de Brazzaville.

En mai 1999, lors de la disparition de plus de 350 opposants au Beach de Brazzaville, il est directeur des renseignements militaires. Puis il devient le numéro deux du Conseil national de sécurité, sous les ordres du contre-amiral Jean-Dominique Okemba, le neveu du chef de l'Etat.

Mais l'an dernier, tout bascule. Le 4 mars 2012, l'explosion de la poudrière de Mpila, en plein Brazzaville, provoque la mort de plus de 300 personnes. Quelques jours plus tard, la thèse de l'attentat est privilégiée et le colonel Ntsourou est arrêté pour tentative présumée de complot.

Le problème, c'est que les preuves contre lui ne sont pas probantes. Et d'ailleurs, le 10 septembre dernier, Marcel Ntsourou n'est condamné qu'à cinq ans de travaux forcés avec sursis pour complicité d'incendie involontaire. Ce qui lui permet de sortir libre du tribunal.

Il décide alors de s'exprimer dans les médias. Notamment sur les antennes de RFI, où il affirme que l'explosion de Mpila serait un accident maquillé en attentat pour couvrir les responsables d'une série de négligences coupables et qu'il sait des choses sur les disparus du Beach, il est même prêt à témoigner devant la juge d'instruction française qui enquête en ce moment sur cette affaire à Paris. Depuis trois mois donc, le colonel Ntsourou est un opposant déclaré au président Sassou-Nguesso.