Centrafrique: manifestations contre l'opération française et échanges de tirs à Bangui

Des femmes marchant devant des soldats français au coucher de soleil, le 22 décembre 2013, à Bangui.
© REUTERS/Andreea Campeanu

De nouveaux échanges de tirs ont éclaté, ce dimanche 22 décembre au matin, entre les forces étrangères, françaises et africaines, et d'ex-rebelles de la Seleka, à Bangui. Ces coups de feu ont été suivis par des manifestations hostiles aux opérations de désarmement menées par les forces françaises et la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), dans un quartier tout proche de l'aéroport, le quartier Yangato. En début de soirée, plusieurs milliers de musulmans se sont réunis pour manifester contre l'opération française.

Difficile de savoir ce qui a mis le feu aux poudres. Les forces françaises Sangaris et la Misca patrouillaient dans le quartier Yangato à la recherche de fauteurs de troubles, comme cela se passe tous les jours à Bangui. Selon plusieurs sources, c'est une patrouille française qui aurait d'abord essuyé des tirs d'individus armés non identifiés. S'en sont suivis des échanges de tirs nourris.

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Des renforts ont été envoyés sur place et notamment un hélicoptère français de combat. « Il y a une mauvaise interprétation des opérations menées par les forces internationales », explique l'un des porte-parole de la Misca, ajoutant que la situation était tendue et que n'importe quel incident pouvait mettre le feu aux poudres.

Des milliers de musulmans manifestent

Les habitants de ce quartier, proches de l'ex-rébellion Seleka, ont ensuite manifesté, brûlant des pneus et installant des barrages. « Ils pensaient qu'eux seuls étaient visés par ces opérations et pas les autres, les anti-balaka », raconte encore ce porte-parole de la Misca. Les troupes françaises et africaines ont dû boucler plusieurs axes dans le quartier Yangato, mais aussi Malemaka pour arriver à ramener le calme.

Dans l'après-midi, des manifestants musulmans se sont rassemblés dans le centre-ville et ont ensuite marché pacifiquement sur une grande avenue vers le quartier musulman PK5. « Non à la France », « Hollande criminel ! », scandaient notamment les protestataires, qui entendaient dénoncer « la partialité » des militaires français déployés en Centrafrique. La marche s'est déroulée sans incident.

Menace de sécession

Enfin, ces manifestations ont été couronnées par des déclarations choc d'un officiel. Abakar Sabone, ancien chef de faction de la Seleka, est chargé de mission à la présidence depuis quelques jours seulement. Et c'est à ce titre qu'il a convoqué dimanche la presse. L'homme a accusé les soldats français d'avoir exécuté trois musulmans, et d'avoir armé des chrétiens. Pour cet officiel, la France est partisane. Et ne fait donc pas son travail, d'où cette menace si, dit-il, la cohésion nationale n'est pas revenue : « Dans un délai d’une semaine, nous allons prendre la décision que tous les Nordistes, musulmans, rentrent dans le Nord et [allons] demander la scission de la République en deux : Nord et Sud.  »

Abakar Sabone joue-t-il seul au provocateur ou a-t- il reçu la bénédiction de son patron, le président Djotodia, pour passer ce message ? Cette déclaration n'engage nullement le chef de l'Etat, assure de son côté Guy Simplice Kodégué, son porte-parole : « Nous mettons cela sur le compte de la colère, nous entendons cela, mais il est hors de question que cette chose-là puisse se passer. Le chef de l’Etat est très clair : il n’y aura jamais la sécession en Centrafrique, il n’en sera même jamais question. »

Même si le démenti se veut catégorique, pour les proches de l'ancien président Bozizé, la sortie du chargé de mission est bel et bien une preuve du double jeu du président Djotodia.