Centrafrique: des soldats tchadiens de la Misca tirent vers des manifestants

Selon un premier bilan, les tirs tchadiens auraient fait un mort et un blessé, ce lundi 23 décembre à Bangui.
© AFP PHOTO/MIGUEL MEDINA

Ce lundi matin 23 décembre, des éléments tchadiens de la force de l’Union africaine en Centrafrique, la Misca, ont tiré vers des manifestants rassemblés aux abords de l’aéroport de Bangui. C'est ce qu'ont notamment constaté deux journalistes de l'Agence France Presse. Le bilan fait état - pour le moment - d’un mort. Sur RFI, hier, le représentant de la société civile centrafricaine expliquait les craintes de la population vis-à-vis des Tchadiens présents dans la force d’interposition.

Alors qu’une manifestation demandant la démission du président Djotodia se déroulait à l’entrée de l’aéroport de Bangui, la capitale centrafricaine, deux 4x4 conduits par des éléments tchadiens de la Misca ont foncé vers la foule, et après avoir essuyé des jets de pierres ont ouvert le feu.

Selon une source au sein de la Misca, ces militaires seraient venus au secours d'un policier militaire tchadien en civil qui accompagnait sa famille à l'aéroport et c'est pour le dégager qu'ils auraient tiré en l'air. Les balles en retombant ont tué - au moins - un manifestant. Et les éléments français de l'opération Sangaris qui gardent l’aéroport, sont intervenus pour mettre fin aux incidents et évacuer les victimes.

La foule était rassemblée pour demander le départ du chef de l’Etat, mais également celui, précisément, des soldats tchadiens de la Misca. « Pas de Tchadiens à Bangui », pouvait-on ainsi entendre. Sur certains panneaux, on pouvait également lire des slogans tels que « oui à l’opération Sangaris, non à l’armée tchadienne » ou encore « oui à la France, non à la Seleka ».

Joint par RFI, le général Martin Tumenta Chomu, chef militaire de la Misca, explique les circonstances de la mort du manifestant, circonstances encore confuses, c'est pourquoi une enquête a été ouverte.

Une investigation a été ouverte.

Général Martin Tumenta Chomu
23-12-2013 - Par Sonia Rolley

La présence militaire tchadienne à Bangui a toujours fait couler beaucoup d'encre en Centrafrique. Mais dans le nouveau dispositif de sécurisation mis en place par la Misca, ils ne devraient plus être présents dans la capitale. Qui devrait être quadrillée uniquement par les troupes burundaises et congolaises.

 → A (RE)LIRE : Centrafrique: manifestations contre l'opération française et échanges de tirs à Bangui

La peur des militaires tchadiens

Dimanche matin, le président tchadien Idriss Deby appelait par ailleurs, sur RFI, les Centrafricains à ne pas confondre les mercenaires tchadiens qui ont soutenu Michel Djotodia, aux forces tchadiennes qui interviennent au sein de la Misca, la force de l'Union africaine. Des militaires tchadiens de la Misca qui ont perdu l'un des leurs mercredi dernier suite à une attaque des anti-balaka. Pour Gervais Lakosso, représentant de la société civile centrafricaine, il n'y a pas de confusion. La population centrafricaine a peur des militaires tchadiens : « [Idriss Déby] a dit qu'il ne faut pas que les Centrafricains confondent les mercenaires tchadiens qui ont accompagné les Seleka et les soldats tchadiens de la Misca. Je peux le rassurer : il s’agit bel et bien des soldats tchadiens qui posent problème. Les Tchadiens qui sont dans la Seleka, ils sont dans un autre registre, on [les] connaît. Mais ce sont les soldats réguliers du Tchad, ceux qui sont venus faire le maintien de la paix en Centrafrique, qui posent problème. »

Gervais Lakosso assure ainsi que les Centrafricains ne sont pas xénophobes. Preuve en est l’absence de problèmes avec la Fomac, la force des pays de la région, qui était sur place avant la Misca. « Mais les Tchadiens, à la moindre occasion, ils ont la gâchette facile, affirme-t-il. […] C’est comme s’ils étaient là, pour défendre la communauté tchadienne et pour appuyer la Seleka. Ils font peur aux gens. »

Le président tchadien Idriss Déby Itno (d.) et le président de la transition centrafricaine Michel Djotodia, le 14 mai 2013 à Ndjamena. Pour Gervais Lakosso, c'est sur le plan diplomatique que tout doit se jouer. © AFP PHOTO / STR

La solution doit être politique, dans c'est dans ce cadre seulement que le président Déby aurait une carte à jouer : « Il a de très bonnes relations avec le président Djotodia et tous les chefs de guerre de la Seleka, [et] peut leur demander d’arrêter les hostilités. On a besoin que le président Déby use de son influence pour dire aux Seleka d’arrêter et que l’ancien président [centrafricain] Bozizé, par exemple, use son influence pour dire aux anti-balaka d’arrêter. »

Partition ?

Un autre fait marquant de la journée du 22 décembre, ce sont les déclarations d'Abakar Sabone qui est le chef de l'une des factions qui composent la Seleka. Il avait été nommé depuis quelques jours seulement chargé de mission à la présidence. C'est à ce titre qu'il a convoqué la presse nationale et internationale.

L'homme s'en est pris à l'armée française, l'accusant d'avoir exécuté, dimanche, trois musulmans et d'avoir armé des chrétiens. Et c'est à ce moment qu'il a brandi la menace de la partition, dans une semaine, si la cohésion nationale n'était pas revenue. A-t-il agi de son propre chef ou s'agit-il d'un ballon d'essai de la présidence centrafricaine ?

Sentiment profond

Le porte-parole de Michel Djodotia a assuré que cette déclaration n'engageait pas le président. Simplice Kodégué qui donne à son tour cet après-midi une conférence de presse en compagnie du porte-parole du gouvernement et du ministre de la Communication.

Selon un diplomate en poste dans la région, ce n'est pas la première fois que les chefs de la Seleka parlent de partition et menacent de repartir dans le nord s'ils continuent à être visés ou dénigrés par la communauté internationale. C'est leur sentiment profond. Ils considèrent, toujours selon ce diplomate, que les anti-balaka assimilés à des chrétiens sont notamment favorisés par la France.

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