Centrafrique: les troupes étrangères mises en cause

Des militaires français fouillent un véhicule alors que des soldats Seleka surveillent, à Bangui, le 23 décembre 2013.
© REUTERS/Andreea Campeanu

Depuis dimanche, on assiste à des manifestations à répétition contre la présence des troupes étrangères sur le sol centrafricain. Certains demandent le départ des militaires français. D’autres, des soldats tchadiens de la Misca, la force africaine. Au moins un manifestant est mort ce lundi matin et d'autres ont été blessés. La Misca a ouvert une enquête, car ce sont, selon les premiers éléments, des militaires tchadiens qui ont ouvert le feu.

Les circonstances sont encore confuses. Cette manifestation contre la présence militaire tchadienne se déroulait devant le camp M'poko et l'aéroport où justement des familles tchadiennes étaient évacuées.

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Une décision prise par les autorités de Ndjamena durant le week-end pour protéger ses ressortissants, victimes d'exactions. Il y a une hostilité profonde d'une partie de la population centrafricaine à l'égard des Tchadiens, des militaires jugés trop brutaux et plus largement à l'égard de Ndjamena, accusés d'être à l'origine d'une partie des troubles en Centrafrique et notamment plus récemment de soutenir la Seleka, l'ex-rébellion aujourd'hui au pouvoir.

Les soldats tchadiens bientôt déplacés

Selon le chef militaire de la Misca, il y a eu une série d'incidents à éclaircir. Un gendarme tchadien en civil qui cherchait à évacuer sa famille s'est retrouvée pris à partie et, dans la panique, il a ouvert le feu avec son arme automatique. Selon le général Martin Tumenta Chomu, certains de ces manifestants avaient des armes blanches et le gendarme en question a été blessé.

Il y a aussi ces images tournées par des journalistes étrangers où l'on voit des militaires tchadiens ouvrir le feu devant des militaires français stupéfaits. L'enquête devra déterminer s'ils ont tiré en l'air ou sur la foule. Ndjamena dément. Les militaires tchadiens ne seront très bientôt plus déployés dans Bangui. Ils seront envoyés dans le nord du pays, selon le plan de réorganisation des contingents de la Misca. Mais rien à voir, assure le patron de la Misca, avec l'hostilité à l'égard de ces troupes.

Le Quai d'Orsay a dit « espérer » que la lumière sera faite sur l'usage de la force par des soldats tchadiens de la Force africaine en Centrafrique et que Paris garde « toute confiance » dans le président tchadien Idriss Déby.

Manifestations contre Sangaris

Cette manifestation contre la présence des troupes tchadiennes fait suite à d’autres, dimanche, contre l’armée française. Ces manifestations n’ont peut-être rien de spontané. De nombreux observateurs estiment qu’il s’agit d’une instrumentalisation de la population à des fins politiques. Si pour les anti-balaka, l'ennemi, c'est la Seleka et par extension, les militaires tchadiens accusés de la soutenir, pour l’ancienne rébellion, ce sont les militaires français de l'opération Sangiris qui sont partiaux et qui doivent partir.

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A l'origine des manifestations de dimanche, des échanges de tirs entre une patrouille française et des membres de l'ancienne rébellion faisant trois morts. La Seleka estime que les soldats de l'opération Sangaris n'auraient pas dû ouvrir le feu contre des hommes, certes armés, mais qui avaient l'autorisation des autorités pour porter une arme. Du côté de l'État-major français, on assure que ce sont ces hommes qui ont menacé les militaires français de leurs armes, ne leur laissant pas d’autres choix que de riposter.

Plus largement, la Seleka accuse la France de soutenir les anti-balaka et de s'en prendre dans ses opérations de désarmement quasi exclusivement à ses membres à elles. Du coup, la Misca, comme Sangaris, multiplie les messages à destination de la population pour expliquer le rôle des forces étrangères, que leur objectif c'est de désarmer tous ceux qui portent illégalement des armes, quel que soit leur camp.

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