L'attentat meurtrier de Mansoura ravive les tensions en Egypte

Funérailles des victimes de l'attentat. Mansoura, le 24 décembre 2013.
© REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Une voiture piégée a explosé devant un bâtiment de la police égyptienne, dans la nuit de lundi à mardi à Mansoura, dans le delta du Nil. Le dernier bilan fait état de 15 morts. Cet attentat intervient dans un contexte tendu entre le gouvernement et les partisans de Mohamed Morsi, le président destitué en juillet dernier. Les funérailles officielles se sont déroulées ce mardi dans l'après-midi, en présence de milliers de personnes. Elles ont tourné à la démonstration anti-confrérie.

Article mis à jour en fonction des derniers évènements

Depuis plusieurs mois, on compte de nombreux attentats contre les forces de sécurité égyptiennes. Mais ces attentats se déroulaient jusque-là dans le Sinaï, une région qui a toujours été en proie à des troubles et à des violences.

Cette fois, l'attentat a eu lieu dans une grande ville située dans le Delta du Nil. Si les violences gagnent à présent cette région, c'est le signe que l'instabilité va s'installer en Egypte, et que l'ensemble du pays sera désormais concerné.

Qui est responsable cet attentat ?

Dans un premier temps les autorités ont clairement désigné les Frères musulmans, avant de nuancer leurs propos.

Dans son communiqué, le Premier ministre affirme qu'il « se battra par tous les moyens contre le terrorisme », sans accuser directement la confrérie d'avoir perpétré cet attentat. D'ailleurs, les Frères musulmans ont condamné l'explosion et se sont défendus de toute participation directe ou indirecte dans l'attentat.

Reste une conséquence majeure  avec cet attentat, le gouvernement va sans doute être conforté dans le choix d'une politique ultra sécuritaire, d'une répression très large et très ferme à l'encontre de ses adversaires, à commencer par les Frères musulmans et par les partisans de Mohammed Morsi.

Une sécurité renforcée

Il faut aussi noter que, désormais, cette politique sécuritaire ne concerne plus uniquement les Frères musulmans, mais également l'opposition laïque et libérale.

Ces militants issus de la révolution de 2011 dénoncent la main-mise de l'armée sur le processus en cours. Il y a, notamment, cette fameuse loi sur les manifestations, jugée « liberticide » par ces militants laïcs et libéraux.

Avec cet attentat, et à trois semaines du référendum sur la nouvelle Constitution, il n' y a aucune chance de voir les autorités baisser la garde en termes sécuritaires. Et cela, alors que, tout récemment, des ONG égyptiennes ont dénoncé « le retour d'un Etat policier plus brutal que jamais » en Egypte.


Des funérailles officielles sous tension

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Funérailles des victimes de l'attentat, le 24 décembre 2013 à Mansoura. © REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Des milliers de personnes ont participé mardi après-midi aux funérailles officielles des victimes de l’attentat de Mansoura, rapporte le correspondant de RFI au Caire, Alexandre Buccianti.

Quand les corps sont sortis de la mosquée al-Nasr enveloppés d’un linceul et que le muezzin a annoncé la fin de la prière, la foule a explosé de colère aux cris de : « Le peuple veut l’exécution des Frères musulmans ».

Une colère qui s’est d’abord traduite symboliquement. Des portraits grandeur nature du guide suprême de la confrérie, Mohamed Badie, de son adjoint et éminence grise Khayrat el-Chater et de l’ex-président Mohamed Morsi ont été accrochés à des nœuds coulants.

La foule est ensuite passée à l’acte. Plusieurs véhicules appartenant à des Frères musulmans ont été incendiés. Les pompiers qui tentaient de les éteindre en ont été empêchés par la foule.

Certains ont même attaqué un appartement dont l’occupant avait fait le signe Frère musulman de « rabaa » (en référence au camp pro-Morsi de la place Rabaa al-Adawiya, NDLR) de son balcon. Il a été sauvé in extremis par l’intervention de la police.