Libération du père Georges Vandenbeusch: un soulagement pour ses paroissiens à Sceaux

Le prêtre français Georges Vandenbeusch à la résidence de l'ambassadrice française à Yaoundé, ce mardi 31 décembre 2013.
© AFP PHOTO / Reinnier Kaze

Georges Vandenbeusch est un homme libre. Ce prêtre français, enlevé dans le nord du Cameroun à la mi-novembre, a été relâché tôt ce matin, mardi 31 décembre, par des ravisseurs, des islamistes nigérians proches de Boko Haram, c'est l'Elysée qui l'a annoncé ce matin. Georges Vandenbeuch était arrivé à Yaoundé en fin d'après-midi où a été reçu à l'ambassade de France. De là, il rentrera à Paris en compagnie du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, actuellement en chemin vers le Cameroun. Réputé pour son humanisme, le prêtre était auparavant en charge de la paroisse de Sceaux, près de Paris, où le soulagement est de rigueur.

Avec notre envoyé spécial à Sceaux, Guilhem Delteil

Peu après 10 h, le père Jacques, vicaire de l'église Saint-Jean-Baptiste à Sceaux, s'est empressé de faire sonner les cloches de la paroisse. Ils étaient nombreux à être venus spontanément dans cette église  là où le père Vandenbeusch a exercé pendant neuf ans. Les paroissiens sont venus prier, brûler des cierges pour remercier de sa libération, ou tout simplement pour se renseigner, voir si certains avaient des nouvelles, des informations sur l’état de santé du père Georges. Les paroissiens sont de nouveau appelés à se rassembler dans la soirée dans cette église, comme ils l'ont fait tous les jeudis ces dernières semaines.

J’ai fait sonner les cloches pour annoncer cette bonne nouvelle à toute la ville de Sceaux. […] Pour son retour on va remercier le Seigneur. On a tenu bon dans l’espérance, dans la foi et dans la charité à travers la prière.
Père Jacques Badji
31-12-2013 - Par RFI

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Sans nouvelles durant la détention

C’est un soulagement assez net pour ces paroissiens d’autant que les nouvelles du prêtre étaient assez rares depuis son enlèvement. La diplomatie française, on le sait, est toujours très discrète sur ces dossiers d’enlèvement. Peu d’informations ressortent sur les tractations en cours et même peu d’informations sur l’état de santé du prêtre. La semaine dernière, le porte-parole de l’épiscopat français a dit, au moment de Noël, avoir des informations rassurantes sur le père Georges. Mais le Quai d’Orsay n’avait pas voulu confirmer. Et même le pays où était détenu le prêtre n’était pas connu. Plusieurs témoignages après l’enlèvement avaient fait état d’un transfèrement du père Georges vers le Nigeria voisin, étant donné que l’enlèvement était revendiqué par la secte islamiste Boko Haram, très présente dans le nord du Nigeria. Mais une source de sécurité camerounaise affirmait, elle, qu’elle pensait que le père Georges était toujours présent au Cameroun. C’est finalement dans le nord du Cameroun que le prêtre a été libéré tôt ce matin.

C’était vraiment une surprise et un grand soulagement lorsque j’ai appris la libération du père Vandenbeusch. […] C’était inattendu que sa libération vienne si vite. […] C’est le fruit de toutes ces prières, de toutes ces personnes qui se sont mobilisées, voici leurs prières exaucées. […] Il y a quelque chose qui a été vécu par la paroisse et qui va demeurer.
Le père Jean-Grégoire Houlon
31-12-2013 - Par RFI

La paroisse faisait bloc autour de « son » prêtre

Dès l’annonce de l’enlèvement, au mois de novembre, les paroissiens s’étaient rassemblés dans cette église Saint-Jean-Baptiste de Sceaux et il y avait eu une cérémonie de recueillement qui avait rassemblé énormément de fidèles. Ensuite, une photo du père Georges en habit de cérémonie a été déployée sur la façade de l'église pour qu’on se souvienne de lui. Puis d’autres photos ont été affichées à l’intérieur qui le montrait là dans sa nouvelle vie camerounaise avec ses nouveaux paroissiens ou encore sur une moto devant une hutte. Puis tous les jeudis, une cérémonie de recueillement avait lieu ici. Selon les paroissiens, elle attirait toujours beaucoup de monde, l’église était pleine. Les paroissiens de Sceaux étaient donc très attachés au père Georges. Et lui aussi, inversement, il était venu leur rendre visite une fois l’an dernier alors qu’il était de passage en région parisienne. Il leur envoyait des nouvelles régulièrement, une lettre qu’il leur adressait tous les trois mois était lue à l'église.

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Pourquoi l'Afrique ?

Qu’est-ce qui avait poussé le prêtre à quitter sa paroisse des Hauts-de-Seine pour rejoindre le Cameroun ? Le contraste est grand entre cette paroisse de Sceaux, qui est une ville huppée dans le deuxième département le plus riche de France, et cette paroisse de Nguetchewe dans l’extrême nord du Cameroun, une zone beaucoup plus rurale, beaucoup plus reculée et pauvre forcément par rapport à Sceaux. Cela faisait neuf ans qu’il exerçait à Sceaux et lui-même disait « ne pas vouloir s’encroûter dans sa pratique religieuse ». C’était ses propres termes. Il voulait aussi se confronter à l’universalité du message de l’Eglise : « Aujourd’hui on parle de mondialisation, mais l’Eglise la pratique depuis longtemps avec ses missionnaires », disait-il. « Une communauté catholique qui ne serait pas attentive à ce qui se passe dans les autres communautés catholiques du monde s’appauvrirait. L’Eglise doit être à la fois locale et universelle ».

On comprend bien la volonté de Georges Vandenbeusch de partir, mais pourquoi ce choix de l’Afrique ? Il avait eu l’occasion de discuter avec un prêtre venu de Centrafrique qui exerce dans une autre paroisse de Sceaux. Et il avait rencontré un prêtre du Cameroun qui exerce, lui, à Colombes, une commune pas très loin dans le même département. Finalement, un échange entre deux paroisses a pu se faire, et il a donc rejoint cette paroisse du Nguetchewe dans l’extrême nord du Cameroun.


 

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