RCA: l’inquiétude grandissante des humanitaires

Un des enfants du camp de déplacés situé à proximité de l'aéroport de Bangui, en République centrafricaine, le jeudi 12 décembre.
© REUTERS/Emmanuel Braun

Mercredi 1er janvier à Bangui, de nouveaux échanges de tirs entre des ex-Seleka et des anti-balaka ont fait fuir des dizaines d'habitants vers l'aéroport, transformé en gigantesque camp de déplacés depuis plusieurs semaines. Malgré le lancement de l'opération Sangaris et le renforcement de la force africaine Misca, il y a près d'un mois, la situation humanitaire est toujours aussi préoccupante en RCA.

L'aéroport de Bangui concentre toutes les problématiques à commencer par la sécurité. Selon les estimations, entre 60 000 et 100 000 personnes y sont actuellement réfugiées parce que les Français de l'opération Sangaris protègent ce site stratégique. Mais l'aéroport attire aussi les groupes armés ce qui donne lieu, comme mercredi, à des accrochages avec la force africaine Misca. Ces deux derniers jours, trois enfants ont été tués après avoir été touchés par des balles perdues dans ce camp de déplacé improvisé.

« Ces derniers jours, le tarmac a été occupé obligeant les forces de la Misca à utiliser les moyens forts pour permettre aux avions d'atterrir et de décoller. Il faut tout mettre en œuvre pour que le site soit sécurisé et que les populations le soient aussi, pour qu'elles puissent progressivement regagner leur domicile. Mais cela risque de prendre du temps », explique Souleymane Diabaté, représentant de l'Unicef en RCA.

Pour les humanitaires, le principal défi c'est l'acheminement de la nourriture, de l'eau et des abris de protection antipaludisme dans les 50 à 60 sites qui rassemblent chacun entre 10 000 et 30 000 déplacés à Bangui. Actuellement, en raison de l'insécurité, ce travail n'est pas possible partout.

Situation de précarité extrême

C'est ce que déplore ce déplacé de la paroisse Saint-Charles Charles au niveau du quartier PK12, un site régulièrement sous les tirs croisés des groupes armés : « Nous sommes entourés par un site de cantonnement des Seleka, de l'autre côté sont basés les anti-balaka, et derrière, ce sont les Peuls. Donc le site Saint-Charles se trouve dans un triangle de la mort. Nous sommes entourés par ces trois forces qui tirent de partout et qui terrorisent tous les déplacés internes. Dans la nuit de mardi à mercredi, ils ont encore abattu trois jeunes dans le quartier. Ils avaient pris le risque de sortir du site pour faire un tour chez eux. Donc toute personne qui sort du site est considérée comme élément à abattre systématiquement. Ici, les déplacés sont évalués à 25 000 et ils sont dans un état de panique. Ils manquent de vivres parce que les humanitaires ne peuvent pas traverser la barrière de PK12 pour ravitailler le site donc nous sommes dans une situation de précarité extrême ».

La capitale Bangui concentre l'attention médiatique, mais les ONG parlent aussi de plusieurs centaines de milliers de déplacés en brousse livrés à eux-mêmes sans aucune aide extérieure. Entre 200 000 et 400 000 déplacés selon les estimations sont totalement isolés. Médecins sans Frontières (MSF) appelle d'ailleurs l'ONU à renforcer son soutien logistique en dehors de Bangui pour les aider.

Appel à l’ONU

« Il ne faut pas oublier que depuis le mois de juillet, il y a des gens qui sont déplacés et qui vivent en brousse dans des conditions encore plus difficiles qu'à Bangui. Et très peu d'aides leur ont été acheminées alors qu'ils vivent dans leurs champs, à ciel ouvert, sans accès à l'eau potable ou à des soins de santé. C'est très difficile pour eux et il ne faut pas les oublier. Nous avons lancé un appel pour que l'ONU augmente ses effectifs pour répondre aux besoins humanitaires très importants à Bangui, mais sans oublier ces centaines de milliers qui se retrouvent réfugiés en brousse dans des conditions très difficiles à l'extérieur de Bangui », détaille Sylvain Groulx, le chef de mission MSF.

De son côté la France appelle aussi l'ONU à renforcer sa présence. D'ici trois mois, le secrétaire général des Nations unies doit réaliser un bilan d'étape pour décider ou non de transformer l'actuelle force africaine Misca qui doit atteindre 6 000 hommes à terme, en une opération onusienne de maintien de la paix.

Le convoi de véhicules de la Misca conduit par son commandant se gare en face d’un terrain de football. Soudain, des habitants surgissent des maisons à l’apparence déserte et la conversation s’engage.
Reportage à Bangui
02-01-2014 - Par RFI