RDC: deuil et colère au Nord-Kivu après la mort du colonel Mamadou Ndala

Le colonel Mamadou Ndala, lors d'une patrouille à Kokola, en RDC, le 31 décembre 2013.
© AFP / ALAIN WANDIMOYI

Le colonel Mamadou Ndala, décédé jeudi dans une embuscade, était le commandant d'une unité commando opérant dans la région. Il est considéré comme le héros de la guerre contre la rébellion du M23. Pour protester contre cet assassinat, la société civile du Nord-Kivu a appelé vendredi 3 janvier à une journée villes mortes dans la province. Dès jeudi, dans un communiqué lu à la télévision publique le gouvernement a pointé du doigt les rebelles ougandais des ADF-Nalu. Ils figurent sur la liste des groupes traqués par les Fardc depuis la mise en déroute du M23. Mais à Goma de nombreux observateurs émettent des réserves sur cette hypothèse.

En signe de protestation et de deuil, à Goma, la plupart des boutiques sont restées fermées. La police était déployée aux points stratégiques de la capitale. Le climat était tendu également à Béni où plusieurs centaines de jeunes ont manifesté à quelques kilomètres de l'endroit où le colonel Mamadou a trouvé la mort.

Des circonstances troubles

Plusieurs raisons remettent en cause l'implication des rebelles ougandais des ADF-Nalu dans l'assassinat du colonel Ndala. Il y a d'abord la rapidité avec laquelle le gouvernement congolais a désigné les ADF-Nalu comme responsables de cet assassinat quelques heures seulement après l'attaque.

Ensuite, il y a les circonstances de l'embuscade : un tir de roquette en plein jour à quelques kilomètres du centre-ville de Béni, sur une route contrôlée par l'armée congolaise. Cette route est de plus dégagée, ce qui rendrait difficile une infiltration, selon des témoins.

L'hypothèse du complot ?

En attendant les résultats de l'enquête militaire, ouverte dès jeudi 2 janvier, certains n’écartent pas l’hypothèse d’un règlement de compte interne à l’armée congolaise. Depuis le décès du colonel Mamadou, tous les officiels politiques comme militaires sont unanimes pour regretter « une terrible perte ».

Mais, cet officier d’une trentaine d’années, très populaire auprès de la population, s'était également attiré quelques jalousies. Jamais avare d'une intervention médiatique, « le seul capable de donner une interview depuis la ligne de front », souligne un élu.

Une aura de héros

Il était vu comme le véritable héros de la victoire contre le M23, au détriment de sa hiérarchie et aussi du pouvoir politique, pourtant soucieux de retrouver ses lettres de noblesse dans la région. 

D'ailleurs, la preuve de l'influence de ce colonel s'est vérifiée. En juillet dernier, l'hypothèse de sa suspension par Kinshasa en pleine offensive contre le M23 avait immédiatement provoqué de violentes manifestations à Goma.

■ Au cours d'un meeting organisé vendredi par la Coalition pour un vrai dialogue, Vital Kamerhe, le leader de l'Union pour la nation congolaise, s'est exprimé sur ces événements. Interrogé par RFI, il revient sur la mort « suspecte » du colonel Mamadou Moustapha Ndala.

« On nous a dit d’abord que c’était des éléments Nalu. Et ensuite on nous a dit que c’était un civil (armé d’une ) roquettes. Et après nous apprenons que c’est quelques éléments des FARDC.

Les choses doivent être clarifiées ! Pourquoi, comme par hasard, ça tombe sur Mamadou Ndala, le héros de la guerre ? Est-ce qu’il y a quelque chose derrière ça ? Nous voulons que cela soit clarifié, dans le cadre d’une enquête véritablement nette.

Et nous, nous posons la question et tout le monde se la pose ! Pourquoi tous ceux qui n’ont rien fait ont bénéficié d’une promotion sauf Mamadou Ndala ?

Il est colonel, il est mort colonel, alors que des gens qui n’ont jamais été au front ont été élevés et d’autres ont même enjambé quelques grades. Ils sont devenus des généraux !

RFI : est-ce que vous y voyez un lien avec tous les autres événements qui ont précédé sa mort ?

« Oui, nous avons vu le 30 décembre à la télévision nationale, l’aéroport de Ndjili, le Quartier général de l’armée, Lubumbashi, Kolwezi, Kindu, pénétrés facilement par des hommes armés de machettes et de bâtons facilement !

Nous disons : soit c’est la défaillance du système sécuritaire de défense, soit c’est une complicité en interne, soit c’est une mascarade pour commencer la chasse aux sorcières et fabriquer des bouc émissaires ».