Immigrés africains en Israël : «Soit tu pars en centre de détention, soit on te rapatrie»

Des milliers d'immigrés africains devant la Knesset à Jérusalem, le 8 janvier 2014.
© REUTERS/Baz Ratner

Les immigrés africains en Israël continuent leur mobilisation pour demander l’asile et la libération de ceux qui sont emprisonnés parce qu’en situation irrégulière. Ce mercredi 8 janvier, ils étaient 10 000 devant le Parlement israélien pour rencontrer des députés et faire entendre leur voix.

Avec notre correspondante à Jérusalem, Murielle Paradon

Une foule impressionnante est assise calmement devant le Parlement israélien. Des immigrés africains écoutent les discours des quelques députés qui sont venus à leur rencontre. Parmi eux, Erel Margalit, membre du parti travailliste, l’opposition de gauche : « Comme Israélien, comme membre du peuple juif, un peuple qui a été réfugié pendant des générations, je m’opposerai toujours avec force au fait que des gens innocents, réfugiés ou immigrés, soient jetés en prison sans procès ».

Une nouvelle loi permet en effet aux autorités d’emprisonner les immigrés en situation irrégulière. Les manifestants réclament l’abrogation de cette loi et un statut de réfugié. Mulugeta, un des leaders du mouvement se dit optimiste : « Le gouvernement est sous pression. De la gauche, de nous aussi. Nous faisons pression. Alors je pense qu’il va changer bientôt d’avis sur nous ».

Pour l’instant le gouvernement campe sur ses positions : les manifestants ne sont que des clandestins qui doivent retourner chez eux.

« Notre pays est dans le chaos »

Moussa Abdoulaye est arrivé il y a cinq ans en Israël. Il a fui la Centrafrique, à cause de la guerre civile, dit-il. Et avec les événements actuels, d’autres Centrafricains arrivent ces jours-ci. « Il y a beaucoup de Centrafricains qui sont venus tout récemment, confirme Moussa. J’aimerais vraiment dire à la communauté internationale de mettre la pression sur Israël pour aider ces gens à avoir le statut de réfugié. S’ils ne l’ont pas, ils seront dans une situation grave. Notre pays est dans le chaos maintenant. C’est impossible de retourner là-bas maintenant, impossible. »

Moussa a un visa temporaire qui expire dans trois mois. Comme beaucoup d’immigrés, il craint de ne pas voir ses papiers renouvelés. Et selon la nouvelle loi israélienne, il risque d’aller dans un centre de détention jusqu’à ce qu’il accepte de retourner dans son pays : « Aujourd’hui, tu n’as que deux choix seulement : ou bien tu pars dans le centre de détention pour y rester un temps indéfini, peut-être dix ans, vingt ans, ou bien tu signes pour qu’on te rapatrie dans ton pays natal. Et c’est tout. Tu n’as que deux choix. »

Un choix impossible pour ce Centrafricain qui ne peut retourner dans son pays et qui demande ardemment à Israël qu’on lui reconnaisse un statut de réfugié.