Soudan du Sud: les populations, premières victimes d’une guerre politique

Des femmes déplacées au Soudan du Sud pour fuir les combats.
© REUTERS/Andreea Campeanu

Au Soudan du Sud, le groupe de recherche « International Crisis Group » estime le nombre de personnes tuées par le conflit à une dizaine de milliers. Pour le moment aucun comptage exhaustif n'a été fait, et les combats se poursuivent autour de Bor, dans l'Etat de Jonglei. Plus de 70 000 personnes ont fui de l'autre côté de la rivière dans le comté de Awerial. Beaucoup de ces déplacés dénoncent une guerre non pas ethnique, mais politique.

A Minkamen, où s'entassent sous les arbres des milliers de familles qui n'ont pratiquement rien pu emporter dans leur fuite, la colère est bien présente. La colère d'être devenues à nouveau les victimes collatérales de luttes entre dirigeants. Certes Salva Kiir est un Dinka et Riek Machar un Nuer, mais il ne s'agit pas de haine ethnique, pour Mayen Peter Deng : « Les illettrés ne comprennent pas ce qui se passe. Cela aurait pu rester une lutte politique, sans impliquer les civils. Il ne s'agit pas d'une guerre entre Dinka et Nuer ».

Le mari de Lith Yuot Bior a été tué en 1991, lors du massacre de plus de 2 000 Dinkas par la milice nuer de Riek Machar. Il a laissé derrière lui ses deux épouses et neuf enfants. Il y a quinze jours, la coépouse de Lith a été tuée. Elle reste seule désormais : « Je leur avais pardonné. Quand les Nuer se sont battus contre les Murle, l'année dernière, certains ont été blessés et hospitalisés à Bor. J'ai même cuisiné pour eux, mais maintenant, ils ont tué nos enfants, volé nos biens, je ne sais plus quoi penser ».

« Cela n'aurait jamais dû se passer comme ça. Il aurait fallu que les dirigeants attendent les élections pour savoir qui serait le nouveau chef, pense Rimku Thon Mayen, un chef de village. Mais à force d'alimenter la haine entre les communautés, c'est comme cela qu'on créé une guerre. Ils avaient peut-être peur de perdre l'élection ».

A la fin décembre, 40 000 personnes s'étaient installées à Minkamen. Même s'ils ne sont pas officiellement enregistrés, leur nombre est désormais estimé à plus de 70 000.


■ ZOOM : Les Etats-Unis très impliqués dans l'effort de paix

L'envoyé spécial des Etats-Unis pour le Soudan et le Soudan du Sud, Daniel Booth, s'est entretenu pendant trois heures samedi avec Riek Machar en compagnie d'une délégation de l'IGAD et de deux autres envoyés spéciaux (Norvège et Royaume-Uni). En effet, l’implication de Washington est très forte pour peser sur les négociations de paix.

Washington a fait un investissement de près de dix milliards de dollars depuis 1995 sur le Soudan du Sud, donc on ne veut pas voir une faillite de cette politique.

Cameron Hudson
13-01-2014 - Par Michel Arseneault

 

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