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Soudan du Sud: récit du rescapé d'un massacre

media Marche pour la paix à Juba, le 8 janvier 2014. REUTERS/James Akena

Au Soudan du Sud, la guerre a débuté par des affrontements dans deux garnisons à Juba, la capitale, dans la nuit du 15 au 16 décembre dernier. Les jours qui ont suivi, des assassinats ciblés ont eu lieu dans plusieurs quartiers, selon Human Rights Watch qui a publié un communiqué accusant les forces de sécurité d'avoir pris pour cible les membres d'une ethnie, les Nuer. Des récits d'un massacre dans un poste de police ont ensuite émergé dans les médias. RFI a interrogé l'un des rescapés.

Il a le bras droit dans le plâtre - fracturé par une balle - un bandage sur l'épaule et sur la tête. Il préfère donner un pseudonyme, David. Lundi 16 décembre, il se trouvait chez lui, dans le quartier Gudele, avec sept amis appartenant comme lui à l'ethnie Nuer, lorsqu'à 16 heures, un groupe de policiers et de militaires sont entrés et les ont emmenés au poste de police à pied. Ils ont été parqués dans une pièce où David affirme qu'il y avait au moins 200 personnes.

« Ils ont disposé un fusil sur une fenêtre et un autre sur la deuxième fenêtre et ils ont tiré, tiré, tiré. Pendant 8 ou 9 minutes. Cette fois-là, je n'ai pas été touché car les morts sont tombés sur moi, j'étais en dessous. Puis, ils ont ouvert la porte et ils ont tiré à nouveau. C'est là que j'ai été blessé au bras, à l'épaule et qu'une balle a effleuré ma tête. Ils ont tiré jusqu'à ce qu'ils soient certains que tout le monde était mort. Ils utilisaient des lampes de poche parce qu'il faisait nuit. J'entendais les gens en train de mourir, les blessures qui faisaient du bruit ; la pièce faisait beaucoup de bruit », a témoigné ce rescapé du massacre perpétré dans un poste de police.

David est parvenu à s'échapper et, le lendemain, a été sauvé par un policier - un de ses voisins - un Dinka qui l'a emmené à l'hôpital où, 24 heures après la fusillade, il a enfin pu être soigné.

Le gouvernement a annoncé qu'il y aurait une enquête sur tous les abus commis par les forces de sécurité, selon le responsable de l'information et de la communication pour le parti SPLM, le Mouvement populaire de libération des peuples du Soudan, Bol Makueng Yuol.

A (re)lire: Les clés pour comprendre la crise sud-soudanaise

« Il y a des récits dont certains sont mensongers et d'autres feront l'objet d'une enquête. Ces derniers sont peut-être vrais et le gouvernement fera son possible pour punir les responsables, une fois qu'ils sont avérés. Le gouvernement cherche à savoir qui était où et à quel moment », a précisé le responsable de l’information et la communication avant d’ajouter « Il y a eu beaucoup d'accusations et de contre-accusations telles que : les Dinka ont tué les Nuer... Les Nuer ont tué les Dinka. Il y a des gens qu'on a dit morts et c'est devenu une histoire de vengeance dans d'autres zones. En fait, ces personnes étaient vivantes mais se cachaient. C'est pour ça que je dis que certaines histoires sont exagérées pour attirer la sympathie. »

« Il y a pu avoir des erreurs commises par certains. Il faut savoir s'il s'agit d'assassinats ciblés car il y a pu avoir des cas de vengeance, vous savez, j'ai tué un membre de votre famille et vous me tuez. Ces choses sont habituelles chez les Dinka et les Nuer, dans les zones d'élevage, et je pense qu'ils transfèrent cette mentalité en zone urbaine. Si cela est arrivé, le gouvernement fera le nécessaire pour appliquer des sanctions contre ces gens », a assuré Bol Makueng Yuol.

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