Mamadou Diallo: «La fonction publique est morte, vive l'auto-emploi»

Docteur Mamadou Diallo, directeur régional de l'ONUSIDA
© rfi/Chanda

Le 4e Sommet panafricain des jeunes leaders des Nations unies qui se déroule à Dakar depuis le 13 janvier a été financé par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et l’ONUSIDA. Le directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de cette dernière le docteur Mamadou Diallo a participé à la séance d’ouverture de la rencontre, aux côtés du Premier ministre du Sénégal. Son franc-parler et son volontarisme ont marqué les esprits. Interrogé par RFI, il revient sur le sens de l’engagement de son agence en faveur de la jeunesse africaine.

RFI : Vous avez déclaré à l'ouverture du Sommet de Dakar que « la jeunesse n’était pas l’avenir de l’Afrique, mais son présent ». Que signifie cette formule ?

Mamadou Diallo : Elle signifie tout simplement que nous devons nous inscrire dans un agenda de transformation sociale qui, pour réussir, doit révolutionner les dogmes que nous croyons immuables. Parmi ces dogmes, ce slogan éculé qui dit que la jeunesse est l’avenir de notre continent, alors que les problèmes auxquels sont confrontés cette jeunesse se posent au présent. Rappelons que les jeunes de moins de 30 ans représentent 60% de la population africaine. Raison de plus pour traiter leurs problèmes ici et maintenant si on ne veut pas rater à la fois le coche du présent et de l’avenir.

Quels sont les principaux défis auxquels la jeunesse africaine est confrontée ?

Ils sont nombreux, mais le défi le plus important est sans doute celui du chômage qui est le thème du sommet de la jeunesse de Dakar. Les experts du travail ont pensé pendant longtemps qu’il suffisait de doter tous les jeunes de diplômes pour que le problème de l’emploi soit réglé une fois pour toutes. Or les choses ne sont pas aussi simples. Aujourd’hui en matière d'emplois les diplômés ne sont guère mieux lotis que les non-diplômés. Le premier défi auquel la jeunesse est confrontée, c’est l’inadéquation entre le système éducatif et l’offre du marché du travail. Le second défi concerne l’attente selon laquelle un diplômé sera immédiatement absorbé par la fonction publique ou par les industries qui sont en place. Ce modèle a vécu. Dans des économies basées de plus en plus sur la connaissance et dans laquelle les jeunes créent eux-mêmes de la richesse et des emplois, l’Etat est réduit à coordonner l’espace et les moyens de sorte que les initiatives individuelles puissent aboutir. L’emploi version fonction publique est mort, vive l’auto-emploi !

Vous parlez de défis, mais il y a aussi une bonne nouvelle, celle du « bonus démographique » africain dont parlent les démographes. C’est une chance car ce bonus pourra, dit-on, contrebalancer les difficultés que rencontrent les jeunes Africains.

Cette question de dividende ou de bonus démographique est de l’actualité. Dès l’année 2035, la plus importante population d’âge actif, et donc la principale force de travail potentielle du monde globalisé dans lequel nous vivons sera africaine. Cette opportunité en termes de capital humain est une fenêtre dans la vie des nations, mais attention, elle ne dépasse pas une génération. Le corollaire consiste à  prévoir des investissements dans l’éducation et la formation pour que cette opportunité puisse être valorisée. La fenêtre est bonne, mais elle est toute petite. On n’a pas droit à l’erreur !

Même si on prévoit tout, difficile d'assurer le plein emploi qui n’est pas compatible avec le système capitaliste.

Ce qu’on définit comme plein emploi, c’est un taux de chômage oscillant entre 3 et 5%. Dans les pays occidentaux, l’opinion publique accepte jusqu’à 10% de chômage à condition que la croissance soit au rendez-vous. Avec 5 à 6% de croissance, les pays peuvent créer des conditions permettant à tous les actifs de participer à la vie de la communauté. L’objectif doit être de permettre à tous de se sentir inclus et utiles.

N’est-ce pas plutôt curieux que ce soit l’ONUSIDA qui finance un sommet sur la lutte contre le chômage des jeunes ?

Au contraire, c'est normal parce qu’à l’ONUSIDA, nous essayons de traiter le sida comme un phénomène social et pas comme une maladie. Le VIH touche beaucoup plus que la santé de l’individu. Le malade est touché dans sa dignité d’être humain, dans ses droits fondamentaux. Il nous a semblé que la question de l’emploi était une bonne porte d’entrée pour commencer à discuter avec la jeunesse des autres défis auxquels elle est confrontée. Notre présence au Sommet de Dakar est une manière de dire à la jeunesse africaine que notre mandat est certes limité à la lutte contre le sida, mais nous sommes solidaires de tous ses défis et ses préoccupations.

Quelles sont les ambitions de l’ONUSIDA pour la jeunesse panafricaine ?

Notre ambition est de créer des conditions pour que la voix de la jeunesse soit écoutée. Au moment où nous parlons, des discussions sont en cours pour décider de l’agenda de développement post-2015, qui est la date butoir pour la réalisation des objectifs du millénaire fixés par les Nations unies. En octobre, l’assemblée générale des Nations unies va réfléchir sur la nouvelle architecture du développement. Il faut que la jeunesse africaine puisse investir l’arène des discussions sur l’agenda post-2015.

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