RCA: pour le patron de Sangaris, il faut aussi s’appuyer sur les Centrafricains

Un officier FACA sans solde depuis 4 mois, achète insignes et médailles à un vendeur ambulant, à Bangui.
© Photo: RFI

Le général Francisco Soriano, commandant de l'opération Sangaris en Centrafrique, a estimé jeudi que le contingent de 1 600 soldats français déployés dans le pays est suffisant pour conduire l'opération, compte tenu de la montée en puissance de la force africaine. Il y a également les forces de l’ordre centrafricaines « qui ont leur rôle à jouer », a souligné le patron de la force Sangaris.

A Bangui, les opérations de désarmement durent depuis quarante jours, et l'armée française continue à retrouver des armes partout en ville. Il y a deux jours encore, c'étaient des caisses de roquettes toutes neuves. Les opérations sont quotidiennes, affirme le général Francisco Soriano, les exactions aussi. La capitale connait des pics de tensions et des moments de calme : « La période de vide politique que nous connaissons génère des incertitudes qui accentuent les craintes et les peurs », souligne le commandant de la Force Sangaris.

Pour tenter d'apaiser les tensions, l'armée française et la Misca tentent de mettre en place « une zone pilote », près de l'aéroport, autour de Malimaka et sur une partie du quartier Miskine. Son objectif est de permettre la distribution de l'aide humanitaire, le retour des autorités administratives, la réouverture des commerces. Pour l’instant, les résultats sont mitigés : « Très peu de déplacés quittent le camp de l'aéroport. Ils rentrent parfois chez eux dans la journée mais reviennent le soir », assure le militaire français.

« A présent nous travaillons, à la remise en selle des forces de police et de gendarmerie centrafricaine », poursuit-il. Cela représente environ 400 hommes actuellement à Bangui. « Nous avons besoin des forces centrafricaines qui connaissent bien le terrain et sont appréciées par la population ». Mais il y a du travail, « il faut les faires revenir, les compter et les équiper, car la plupart n'ont plus d'armes et plus de tenues militaires », conclu le général Francisco Soriano.


■ Le risque génocidaire, de nouveau évoqué

« Les éléments sont réunis pour qu'il y ait un génocide », de retour de Bangui, John Ging, le chef des affaires humanitaires de l'ONU fait part de ses craintes, tout en appelant à une large mobilisation humanitaire et militaire en faveur de la Centrafrique. Mercredi à New York, Gérard Araud, l'ambassadeur français à l'ONU estimait, lors d'une conférence sur la prévention des génocides, que la haine avait été « sous-estimée » en Centrafrique.

Chiffon rouge ?

Le mot « génocide » est-il un chiffon rouge agité par les chancelleries quand elles cherchent à mobiliser sur la Centrafrique ? La concordance des dates aurait tendance à prouver que oui. Il y a deux mois, en plein débat sur une intervention sous mandat onusien, les Nations unies, puis les diplomaties américaines et françaises avaient pointé un risque de génocide en Centrafrique.

Le risque était réel, mais l'utilisation servait des buts politiques, développe Thibault Lesueur, chercheur à l'International Crisis Group : « Le mot génocide n’était pas forcément approprié, mais on a vu que ça avait fait bouger les choses. Puisque derrière, notamment, les Américains ont décidé de supporter de manière assez massive la Misca. Donc effectivement, dès que l’on emploie le mot génocide, qui a été repris par les Français, c’est quelque chose qui mobilise tout de suite la communauté internationale ».

Conférence de donateurs

Aujourd'hui, l'ONU sollicite une assistance humanitaire pour la Centrafrique. Elle organise même une conférence de donateurs lundi à Bruxelles. La France, de son côté essaie de convaincre ses partenaires européens de s'investir militairement. Cela étant, s'il n'y a pas encore de génocide en Centrafrique le risque existe toujours, explique Thibault Lesueur : « Il y a un risque de violences massives qui se fassent sur une base communautaire, qui s’articule autour d’une appartenance religieuse. Il y a le danger, à moyen terme, que les musulmans soient pris pour cible, car associés au mouvement de la Seleka ».

Une situation qui fera l'objet d'un débat en mars au Conseil de sécurité sur la nécessité de l'envoi ou non de casques bleus.

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