Soudan du Sud : Bentiu, ville fantôme

Des soldats de l'armée régulière sud-soudanaise progressant vers Bentiu, le 10 janvier 2014.
© REUTERS/James Akena

Au Soudan du Sud, l'armée a récupéré la ville de Bentiu dans l'Etat de l'Unité il y a dix jours. Bentiu – l’un des principaux foyers du conflit qui sévit dans le pays depuis mi-décembre - est une ville fantôme, conséquence des pillages, des destructions et des maisons brûlées. Reportage RFI.

C'est un paysage de fin du monde. Marchés et maisons sont réduits en cendres. Une odeur de corps en décomposition persiste dans l'air. De temps à autre, les restes d'un cadavre font le festin de vautours. Le long de la route, en une file quasi continue, des civils et des soldats s’occupent à récupérer minutieusement tout ce qu’ils trouvent : lits, matelas et fournitures de cuisine abandonnés, dans leur fuite, par les propriétaires qui vivent dans des camps de déplacés.

Tous les étalages des magasins qui n’ont pas été brûlés sont totalement vides. Les bases des ONG internationales ont été saccagées. De temps à autre, des véhicules déboulent à fond de train. Ils sont remplis de combattants du Mouvement pour la Justice et l’Egalité - les rebelles du Darfour qui ont aidé le gouvernement à reprendre la ville - dont certains très jeunes, ou encore de soldats de la SPLA, l’armée régulière sud-soudanaise.

Au sol, des calibres d’AK 47, de 12,7 mm ou de canons de 30 mm, témoignent de l’intensité des combats. Bentiu a été entièrement balayée.

« Nous voyons les gens en train de piller, devant nos yeux. Nous les laissons faire, nous valons mieux que cela, nous sommes vivants », a confié à RFI Aweil, une jeune Dinka qui vit dans le camp de déplacés de l'ONU.

C'est la première fois qu'elle sort du camp avec ses amies. Elles se contentent de regarder les gens à l'oeuvre, sans pouvoir rien faire. « Nous n'avons aucun pouvoir ; à qui allons-nous demander ? Et qui va nous écouter ? », se demandent-elles.

De son côté, le gouverneur Joseph Manytuil, revenu depuis environ une semaine, à Bentiu fait ce qu’il peut.

« Nous avons pu avoir des volontaires pour ramasser les corps. La plupart ont été ramassés. Mais cela continue. Pour l'instant, nous en avons recueilli dix-neuf », constate le gouverneur de Bentiu, qui appelle la population à revenir. Mais des centaines de Dinka (la zone est majoritairement Nuer) quittent Bentiu par camions entiers pour rejoindre Pariang ou Abiemmnon, leurs villages d'origine.
 

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