Soudan du Sud: Bentiu, la terre brûlée

Seule la carcasse en fer du lit tient encore. Tout autour, il ne reste plus que des cendres.
© RFI/Stéphanie Braquehais

Après plus d'un mois de guerre, les troupes progouvernementales sont parvenues à récupérer les villes dont elles avaient perdu le contrôle au profit de l'opposition emmenée par l'ancien vice-président Riek Machar. Malakal a été reprise en début de semaine, tandis que Bentiu, capitale de l'État de l'Unité, frontalier avec le Soudan, offre un paysage ravagé par les combats violents.

Celles qui sont enceintes se sont arrêtées au bout de deux ou trois kilomètres. Les autres, un groupe de 25 femmes poursuivent leur marche sous le soleil de la mi-journée. 18 kilomètres du camp de déplacés de la base de l'ONU à Rubkona, jusqu'au gouvernorat, non loin du centre-ville de Bentiu. Elles portent des drapeaux blancs, signe de paix et une lettre appelant à cesser le feu. « Vous nous faites souffrir, vous êtes en train de nous tuer », peut-on lire.

Ces femmes appartiennent aux ethnies Dinka, Nuer, Shiluk, Nuba et ont été déplacées par les combats depuis un mois. Elles sortent dans les rues pour la première fois et leur regard est attiré par l'agitation qui a lieu de l'autre côté de la route.

Une frontière infranchissable

En face, des hommes et des femmes, aidés par des soldats, transportent des biens en tout genre, matelas, ustensiles de cuisine, chaises en plastique. « Les pilleurs », souffle l'une des marcheuses. Ils sont séparés par quelques mètres de bitume. Une frontière infranchissable qui semble illustrer que dans toute guerre, il y a ceux qui perdent tout et ceux qui tirent leur épingle du jeu.

Tout le long de la route, des huttes intactes jouxtent d'autres réduites en poussière. Les marchés ont été nettoyés de leurs produits, de leurs réserves. L'odeur de cadavre persiste sur plusieurs kilomètres. Mais rien ne semble détourner ces femmes de leur but.

Des familles traumatisées

Lorsqu'elles arrivent, au bout de trois heures, devant le gouverneur, Joseph Manytuil, celui-ci est assis à l'ombre d'un arbre devant son palais et entouré de courtisans. Il se lève pour écouter leurs doléances, tout en vérifiant de temps à autre l'heure qu'il est sur sa grosse montre dorée. Il se lance ensuite dans un discours en arabe local pour leur assurer qu'il les a comprises et il appelle les populations, quelle que soit leur ethnie, à revenir habiter à Bentiu. Mais les mots ne suffisent guère à convaincre des familles traumatisées.

Devant le camp de l'ONU, ils sont des centaines de Dinka (l'ethnie du président Salva Kiir) à attendre d'être transportés en camion vers leur village d'origine. L'État de l'Unité est principalement composé de Nuer (l'ethnie de Riek Machar, à la tête de la rébellion) et les Dinka ne se sentent plus en sécurité, après le cycle de vengeances qui s'est instauré. « C'est une mesure temporaire, tout le monde a le droit de vivre à Bentiu », assure le gouverneur, sans préciser comment il compte s'y prendre pour rendre la cohabitation à nouveau possible.