La France mise sur le Somaliland

Le président du Somaliland, Ahmed Mohamed Silanyo.
© AFP PHOTO / SIMON MAINA

Le président du Somaliland, Ahmed Mohamed Silanyo, a quitté Paris ce mercredi 22 janvier après une visite de trois jours, où il a rencontré notamment le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et la conseillère Afrique de l’Élysée Hélène Legal. Une opération de séduction pour le Somaliland, État autoproclamé indépendant en 1991 mais qui n'est toujours pas reconnu sur la scène internationale. De la diplomatie économique pour la France.

À l'Élysée, et au Quai d'Orsay, le message adressé au président du Somaliland a été le même : « Vous recevoir, ce n'est pas reconnaitre votre pays, car c'est d'abord aux pays africains de le faire. Mais nous sommes prêts à vous accompagner ». Paris n'a donc pas déroulé de tapis rouge à la délégation du Somaliland, mais le protocole n'en a pas moins été respecté.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Paris reçoit des délégations officielles et même un président de ce petit État de la corne de l'Afrique. Le Somaliland est vu par la France comme un îlot de stabilité dans une région complexe. C'est une démocratie attractive à forte croissance, explique un diplomate. La France ne le cache pas : avec le Somaliland, elle fait avant tout de la diplomatie économique.

Le Somaliland est en effet un marché à prendre dans un monde anglo-saxon où les Français sont peu présents. Il offre un important débouché sur la mer, et cela n'a pas échappé au groupe Bolloré qui négocie un contrat sur le port de Berbera. Un port qui pourrait être utilisé à moyen terme pour désenclaver l'Éthiopie ou pour exporter le pétrole du Soudan du Sud. Il y a aussi une place à prendre pour des investisseurs, dans le domaine de l'élevage, le traitement des eaux et des déchets.

Le Somaliland est aussi un pays très coopérant dans le domaine de la lutte contre la piraterie, dit-on à Paris, même s'il dispose de peu de moyens. Un officiel français résume : le Somaliland, c'est un pari sur l'avenir. Pour le président Ahmed Mohamed Silanyo, en tout cas, ne pas être reconnu n'empêche pas le Somaliland d'avoir des relations internationales.

Bien sûr, nous recevons de l'aide de l'Union européenne, de la Grande-Bretagne, du Danemark, des États-Unis, de plusieurs pays. Je ne dirais pas que c'est beaucoup d'argent, mais cette aide est substantielle. Ce n'est pas tellement une aide purement financière. C'est surtout un soutien à notre processus électoral, à notre système éducatif, à notre système de santé.
Ahmed Mohamed Silanyo
23-01-2014 - Par Jean-Pierre Boris