Niger: l’ancien président Mamadou Tandja sera entendu devant la justice

L'ancien président Mamadou Tandja à son arrivée à son domicile, salué par ses proches, le 10 mai 2011.
© AFP/Boureima Hama

La justice nigérienne va entendre l’ancien président Mamadou Tandja à propos de l’affaire dite des 400 milliards de francs CFA, soit 610 millions d’euros. Le garde des Sceaux l’a annoncé ce jeudi 23 janvier. Il a confirmé qu’une enquête judiciaire était ouverte. L’affaire est devenue, ces dernières semaines, très politique, les accusations de détournement s’adressant aussi à l’actuel président, Mahamadou Issoufou.

En octobre dernier, l'ancien président du Niger avait affirmé, devant des militants de son parti, qu’à son départ - au moment du coup d'Etat - il avait laissé 400 milliards de francs CFA dans les caisses de l'Etat et que cet argent avait disparu sous la transition. Ces derniers temps, les accusations de détournement se sont adressées au chef de la transition mais aussi au président Issoufou.

En faisant ces déclarations, Mamadou Tandja a jeté un véritable pavé dans la marre. En expliquant à ses militants qu'une telle somme aurait disparue durant la transition, l'ancien président du Niger oblige le pouvoir actuel à sortir du bois.

Le Mouvement national pour la société de développement (MNSD), le parti de Tandja et de l’opposition, s’en donne à cœur joie en cherchant à discréditer le président Issoufou en sous-entendant qu’il protège les acteurs militaires de la transition.

« Dès qu’il est arrivé au pouvoir, nous n’avons jamais cessé de crier : Monsieur Issoufou Mahamadou, faites l’audit de la Transition. Il a refusé et c’est cette transition qui a amené ce pouvoir, aujourd’hui », a déclaré à RFI, Issoufou Tamboura, porte-parole du MNSD.

Le gouvernement a donc décidé d'activer la justice pour lever le voile sur cette affaire. Une enquête judiciaire doit permettre de vérifier l'existence de ces fonds. Une quarantaine de personnalités seront entendues, notamment le président Tandja et certains de ses ministres. Mais aussi le général Salou Djibo, le chef de la transition. Ce dernier est aujourd’hui installé au Nigeria, soupçonné d'avoir profité du pouvoir pour s'enrichir.

« Nous sommes tout à fait d’accord pour que toutes les investigations soient menées afin que toute la lumière soit faite pour que l’on sache si cet argent existe, quelle est son origine, quelle est la destination qu’il a prise et enfin, qui sont les personnes qui ont été impliquées », a fait état, de son côté, Iro Sani, chargé de communication du Parti nigérian pour la démocratie et le socialisme (PNDS), le parti présidentiel.

A ce stade, on s'interroge sur l'existence même de ces 400 milliards de francs CFA. Les autorités du Trésor assurent qu'il n'y avait pas trace de cette somme dans les caisses le jour du coup d 'Etat. Et si cette somme existait, d’où proviendrait cet argent ? De bonus de marchés publics ou bien de commissions occultes obtenues par Mamadou Tandja sur des contrats miniers ? L’ancien président nigérien promet de donner des précisions sur l'origine de cet argent.

Voilà une affaire de gros sous qui pourrait soulever de nombreux lièvres dans un pays secoué actuellement par de grosses rivalités partisanes et où les rumeurs d'instabilité politiques sont de retour.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.