Des soldats ethiopiens qui ont intégré la force de l'Union africaine en Somalie, avant leur départ pour Baidoa, le 22 janvier dernier.
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Les dirigeants réunis au sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba, devraient concrétiser leur volonté de répondre eux-mêmes et rapidement aux crises sur le continent. Cet objectif, souvent examiné lors des sommets de l’UA, s’incarne dans le concept de Capacité africaine de réponse immédiate aux crises - la Caric -, qui ne fait pas l’unanimité.

L’un des enjeux du sommet de l’Union africaine qui s’est ouvert ce jeudi 30 janvier à Addis-Abeba est de voir si les chefs d’Etat africains vont s’entendre et, surtout, s’ils vont adopter des mesures significatives pour permettre à l’Afrique d’assumer dans un délai raisonnable sa propre sécurité.

Opération Serval au Mali : le déclic

En janvier 2013, les dirigeants africains ont été mis devant le fait accompli, lorsque les forces militaires africaines ont été incapables de gagner le Mali à temps pour enrayer la progression du nord vers le sud de groupes jihadistes. Il a alors fallu l’opération française Serval pour contrer les jihadistes.

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Cela a constitué un déclic, et, selon Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations du maintien de la paix, c’est une bonne chose. « Il s’est produit, au cours des mois écoulés, une évolution notable. L’Union africaine travaillait sur le concept de force africaine en attente. Ça n’a pas avancé énormément pour diverses raisons. Maintenant, il y a ce concept de Capacité africaine de réponse immédiate aux crises, la Caric (...) que nous soutenons à fond », expose Hervé Ladsous. « C’est mon objectif à moi aussi, aux Nations unies, de pouvoir accélérer les déploiements des forces qui sont celles de nos contributeurs. Donc, nous visons le même objectif : fluidifier, rendre plus rapide, plus efficace et plus opérationnel. »

Un bloc contre la Caric

L’initiative a reçu le soutien de la France, lors du sommet de l’Elysée, en décembre. Mais, il y a dix jours, au début du mois de janvier, une réunion des chefs d’état-major de toute l’Afrique s’est mal déroulée.

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« Il semble se former un véritable bloc contre la Caric. Certains Etats, et pas des moindres, estiment que la Caric serait une perte d’énergie et de temps et, surtout, de ressources. Et puis, bien sûr, il y a aussi les rivalités entre Etats, qui elles aussi existent », analyse Paul Simon Handy, chercheur à l’Institut des études stratégiques de Pretoria, en Afrique du Sud.

Le Nigeria s’est en effet opposé à ce projet porté par l’autre poids lourd du continent, l’Afrique du Sud de Jacob Zuma, au grand désespoir du ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Mbembe. « Nous devons faire notre autocritique », juge-t-il. « Nous ne sommes pas sérieux. Nous ne sommes pas toujours objectifs quand nous agissons. Parfois, des intérêts nationaux prennent le dessus. Parfois, ce sont nos difficultés économiques qui guident notre action. Nous ne contribuons pas beaucoup aux forces de maintien de la paix pour ces raisons. Résultat, nous ne parvenons pas à mettre sur pied un bataillon militaire au niveau continental capable de réagir rapidement aux crises. »

Principe du volontariat

La Caric, contrairement au projet de la force africaine en attente, fonctionne sur le mode du volontariat. C'est-à-dire que les Etats qui acceptent de participer vont financer les opérations menées par leurs propres bataillons dédiés à ces missions de réaction rapide. Certains pays, parmi ceux qui ont peu de moyens, soupçonnent les volontaires de vouloir renforcer leur hégémonie.

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Pour l’heure, le Sénégal et le Niger - pour l’Ouest -, le Tchad - pour le Centre -, l’Ethiopie et l’Ouganda - à l’Est - et l’Afrique du Sud ont répondu à l’appel. Le sommet devrait le confirmer. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, proposera une aide logistique, car pour lui, c’est là que se situe le maillon faible de l’appareil sécuritaire africain. « Ce qui manque à l’Afrique, ce qui constitue souvent un défi, c’est la logistique : la mobilité stratégique, la capacité d’entretenir les forces sur le terrain une fois qu’elles sont déployées », juge le ministre algérien. Pour lui, « l’Afrique ne manque pas d’unité, l’Afrique ne manque pas de bons soldats ».

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L’option de bataillons nationaux permet de pallier le manque de standardisation au sein des forces africaines au niveau de l’entraînement, de l’équipement ou encore de la langue. Ce projet, comme d’autres programmes de l’architecture de la paix et de sécurité de l’Union africaine, n’existe que sur le papier. On attend de savoir si, à l’issue de ce sommet, les chefs d’Etat vont adopter un calendrier précis ou, simplement, un énième rapport.