RDC: le président des FDLR confirme qu’il renonce à la lutte armée

Un soldat rebelle des FDLR à Nyabiondo, à l'ouest de Goma, en RDC, le 16 janvier 2009.
© (photo: AFP)

Le président par intérim des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), le général Victor Byiringiro, confirme que ses hommes auraient déposé les armes depuis le 30 décembre. Cette déclaration des rebelles hutus rwandais dont certains sont accusés par Kigali d'être d'anciens génocidaires, soulève une certaine méfiance aussi bien du côté du Rwanda que de la communauté internationale. Le chef de la Monusco, Martin Kobler, a décrété que la lutte contre les FDLR était sa priorité pour l'année 2014. Des opérations militaires contre ce groupe armé sont en préparation. Victor Byiringiro - dont le vrai nom serait Gaston Iyamuremye - est sous sanctions de l'ONU en tant que membre essentiel de la direction militaire et politique des FDLR. Joint par RFI, il en appelle aux chefs d'Etat africains et surtout à ceux des Grands Lacs pour suivre ce processus de désarmement.

RFI : Pourquoi avez-vous décidé de déposer les armes ?

Victor Byiringiro : La raison, c'est que nous sommes vraiment des artisans de la paix, nous les FDLR. Nous avons déjà essayé de le faire, en 2001, lorsque nous étions à Kamina. Nous avions déposé plus de 1000 armes et cantonné une brigade entière. Nous avons encore réessayé en 2005. On était à Rome.

Mais ces deux initiatives n'ont pas abouti. On n'a pas voulu nous accompagner vraiment. Cette fois-ci, nous retentons la même chose en invitant la communauté internationale à nous accompagner, mais surtout en nous adressant aux chefs d'Etat africains. Car nous, les Rwandais, nous avons eu beaucoup de morts, que ce soit à l'intérieur du pays, que ce soit ici, en RDC où nous sommes des réfugiés. Est-ce que nous pouvons continuer ce jeu ? Cela, nous l'avons refusé. C'est la raison pour laquelle nous avons déposé les armes au profit de la paix et cherchons une solution pacifique par des moyens politiques.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

Nous avons initié un processus qui consiste à ramasser toutes nos armes et à les déposer quelque part. Et cela, parce que nous avions eu un déboire, en 2002, alors que nous avions déposé les armes et même envoyé les gens au pays pour une mission exploratoire. Dès qu'ils sont revenus, on nous a bombardés à Kamina. C'était la Monuc qu'on appelle aujourd'hui la Monusco (Mission de l’organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo), avec l'armée congolaise. Cela a été un fait déplorable pour nous. Et je ne sais pas si on peut encore jouer comme ça. Peut-être qu'on peut trouver une solution négociée avec la Monusco. Mais nous allons prendre le processus en main tout en demandant à la communauté internationale et surtout aux chefs d'Etat africains de nous accompagner en nous aidant à décrocher un dialogue inter-rwandais hautement inclusif.

Mais le Rwanda refuse ce dialogue. Il dit que vous n'avez qu'à rentrer comme d'autres membres des FDLR l'ont fait.

Que Kagame [le président rwandais Paul Kagame] dise « non » au dialogue, ça c'est son affaire. Mais nous, nous sommes décidés à le renverser coûte que coûte. Mais le renverser pacifiquement car nous avons déposé les armes. Nous allons le faire politiquement et pacifiquement. Ce régime ne connaît pas de démocratie. C'est la raison pour laquelle nous, l'opposition à ce régime, nous essayons de mettre ensemble toutes nos forces politiques pour que justement nous renversions ce régime pour le remplacer par un régime démocratique.

Comment espérez-vous rentrer au Rwanda en tenant ce genre de discours ?

Oui, c'est notre vœu de rentrer au Rwanda ; c'est notre pays. Mais je vais vous donner quelques exemples : Victoire Ingabire, du parti FDU, Deo Mushayidi du parti PDP-Imanzi, Maître Bernard Ntaganda du PS Imberakuri. Ces gens-là, ils croupissent en prison parce qu'ils sont des opposants. C'est la raison pour laquelle nous ne rentrons pas pour l'instant. Nous voulons pouvoir être libres au pays pour participer à son développement.

Le gouvernement rwandais estime que certains parmi les FDLR sont coupables de crimes de génocide, que vous transmettez l'idéologie génocidaire aux enfants qui n'étaient pas nés en 1994...

Nous avons été diabolisés depuis longtemps. Si on nous appelle les génocidaires, pourquoi n'ont-ils pas fait une liste de noms pour qu'on puisse comparaître devant les juridictions nationales ou internationales? On nous a diabolisés depuis suffisamment longtemps. On nous appelle aujourd'hui des terroristes. Qu'est-ce qu'on terrorise? La diabolisation, on en a assez.

Vous êtes vous-mêmes sous sanctions onusiennes. Est-ce que vous ne craignez pas, en déposant les armes, d'être poursuivi par la justice internationale?

Vraiment, moi, je n'ai commis aucun péché. Je suis un réfugié ici, en RDC (République démocratique du Congo). Moi, je n'ai peur de rien. Si on me demande de répondre sur quoi que ce soit, je répondrai. Mais je sais que je suis innocent en tout.

Avez-vous déjà initié des contacts avec des chefs d'Etat africains? On parle du président tanzanien Jakaya Kikwete ?

Nous sommes en train d'essayer d'initier ces contacts. Et je suis sûr qu'on va aboutir.