RCA: d'après une ONG, certains soldats tchadiens de la Misca jouent un double jeu

Un soldat tchadien de la Misca dans les rues de Bangui, le 16 janvier 2014.
© REUTERS/Siegfried Modola

Participer à une opération de paix tout en prenant parti pour un camp : c’est à ce double jeu que se livrent certains éléments tchadiens de la Misca, la force africaine déployée en Centrafrique d'après l’ONG Human Rights Watch et de nombreux témoignages recueillis. Un parti pris de ces Tchadiens en faveur de la Seleka, l’ancienne rébellion en cours de désarmement.

« Des éléments tchadiens de la Misca sans autorisation de l’état-major ont évacué des chefs de l'ex-Seleka de Bangui et de Bossangoa pour les libérer et [leur permettre] de continuer leurs atrocités contre la population, témoigne Peter Bouckaert, directeur des urgences de Human Rights Watch, au micro de RFI. J’ai vu moi-même un grand convoi d’éléments tchadiens de la Misca en train d’évacuer, protéger par des véhicules blindés, un groupe de 8 ou 9 voitures de l'ex-Seleka avec leur général dedans. Après ça, ils sont allés avec les éléments de l'ex-Seleka de Bossangoa, commandés par le colonel Saleh bien connu pour ses atrocités contre la population civile de Bossangoa jusqu’à Sibut avec l’assistance des Tchadiens de la Misca. »

 → A (RE)LIRE : République centrafricaine : Des combattants de la Seleka se regroupent dans le nord (communiqué de Human Right Watch)

Peter Bouckaert explique ainsi avoir discuté avec un responsable de la Misca, qui lui a confirmé que les Tchadiens n’étaient pas sous le contrôle de l’état-major de la force africaine. « Leurs actions sont hors du mandat de la Misca, donc c’est important qu’ils soient suspendus de la mission et que l’on enquête sur leurs actes », exhorte l'humanitaire.

Des soldats de l'ex-Seleka dans un pick-up, au nord de Bangui le 27 janvier 2014. Human Rights Watch accuse des Tchadiens de la Misca de leur apporter leur soutien. © REUTERS/Siegfried Modola

Morts et règlements de compte à Boali

La ville de Boali a connu ainsi, ces deux derniers jours, un nouvel épisode dramatique. Mardi 4 février, des informations en provenance du nord effraient les habitants. A Yaloké et à Bossembélé, des éléments tchadiens de la Misca, venus chercher leurs ressortissants, ont semé la terreur en tirant sur les populations chrétiennes. Quelques heures plus tard, en fin de journée, ils arrivent effectivement à Boali. « Ils ont voulu passer la nuit ici, raconte l’abbé Boris de la paroisse Saint-Pierre de Boali. La Misca congolaise, qui se trouve là sur place, a refusé. Ils ont demandé à les escorter jusqu’au niveau de la sortie de la ville. Et en passant, le convoi tchadien tirait à bout portant sur la population. »

Bilan au moins 3 morts. Des scènes de paniques et une population chrétienne chauffée à blanc. Toute la nuit les anti-balaka, avides de vengeance, encerclent l'église ou sont retranchés depuis 15 jours plus de 800 musulmans et dont l'entrée est protégée par des Congolais de la Misca. « On était couchés à même le sol sous le banc avec les frères musulmans, poursuit l’abbé Boris. Ça tirait de toute part. »

Mercredi matin, les Tchadiens reviennent en ville et se remettent à tirer à leur tour sur les habitants qu'ils croisent. Ils se postent ensuite devant l'église et appellent un certain nombre de noms, ceux des déplacés qu'ils ont emmenés avec eux.

A Bangui, la Misca affirme que les soldats tchadiens en question n'appartiennent pas à la force de paix et que ses membres auraient été la cible d'embuscades à Yaloké et Boali au cours desquelles ils auraient perdu trois hommes.


 ■ ZOOM : Des ex-Seleka sur le sol tchadien

Ils sont nombreux, les membres de l'ex-Seleka, à arriver au Tchad ces derniers jours. Plus de 250 éléments ont ainsi atteint la frontière sud du pays, fuyant la Centrafrique. Ils disent ne plus vouloir de la guerre. L’armée tchadienne qui les a recueillis à la frontière les a désarmés avant de les transporter à Doba, à 600 km de la capitale.

C’est dans des anciens bureaux d’une entreprise de travaux publics à l’entrée de la ville de Doba que les anciens Seleka sont logés, sous la garde de gendarmes tchadiens. Désarmés, dépouillés de leur tenue militaire, ils n’arborent plus que des tee-shirts ou des maillots de foot.

Dans la cour, certains jouent aux dames à l’ombre des manguiers, d’autres lavent leur linge. Amakbar Abdel Kelim, qui se présente comme un colonel au sein de l'ex-Seleka explique pourquoi, lui et ses compagnons ont décidé de quitter le territoire centrafricain : « Il y en a trois qui sont contre nous. Il y a les Français qui veulent nous désarmer, les anti-balaka et les ex-Faca [Forces armées centrafricaines, ndlr] On est venus pour remettre tout ce qu’on a. Puis on est là maintenant dans le territoire tchadien. »

Vérification d'identité

Des armes, il y en a. Un général fait un bref inventaire : « Il y a des armes, des AKM, toutes les marques. Les munitions, les grenades, des mortiers aussi. On a pris à peu près quelque 300 armes. » 

Il y a quelques jours, le gouvernement tchadien a annoncé qu’il procédera à une vérification d’identité de chaque élément de l'ex-Seleka. Les Centrafricains seront remis aux organisations internationales. Le nom de la Croix-Rouge a été évoqué. Si d’aventure il y a des Tchadiens parmi eux, ils seront traduits en justice pour « mercenariat ».

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