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RCA

Antonio Guterres: «En RCA, la solution est politique»

Une petite fille joue à proximité d'une mosquée détruite, à Bangui, le 8 février 2014.
© REUTERS/Siegfried Modola

Antonio Guterres, Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, était à Bangui, ce mercredi 12 janvier. Avec le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, il a notamment inauguré un centre d'hébergement de nuit dans le 5e arrondissement de la capitale, destiné au retour dans leur quartier des habitants de Ben Zvi qui survivent autour de l'aéroport. Au micro de RFI, il revient sur la situation humanitaire en Centrafrique.

RFI : Jean-Yves Le Drian parle d’avancées dans la situation sécuritaire et humanitaire à Bangui. Etes-vous d’accord avec ce constat ?

Antonio Guterres : Je crois que, naturellement, si nous pensons aux moments les plus difficiles que nous avons vécus, c’est vrai qu’il y a une amélioration. Mais la Centrafrique n’est pas seulement Bangui et nous continuons à assister à un nettoyage ethnico-religieux qui, à mon avis, met en péril le tissu social et économique du pays.

Nous continuons de voir, dans beaucoup d’endroits du pays, des gens qui ont tué ; des ghettos ; des gens qui s’enfuient mais qui sont bloqués n’ayant pas accès à la sécurité et, en général, une catastrophe humanitaire à laquelle il faut faire face.

Cela montre que nous avons besoin d’une triple offensive : premièrement une réponse au niveau sécuritaire. Il nous faut davantage de troupes et de police et qu’il y ait, en même temps, une capacité de créer un système de justice embryonnaire.

Deuxièmement, une offensive politique. Il faut faire un grand effort de médiation préparant une future réconciliation et la future reconstruction de l’Etat.

Et finalement, une offensive humanitaire. Nous faisons face à une catastrophe humanitaire avec des ressources extrêmement limitées. Toutes les organisations humanitaires sont dans une situation financière impossible.

Vous parlez d’une priorité qui est d’arrêter le nettoyage ethnico-religieux. Pourtant nous assistons à l’organisation de convois – par camions ou même par avion – pour envoyer les Tchadiens et les musulmans centrafricains vers le Tchad. Est-ce que ce n’est pas un peu paradoxal dans la mesure où ces convois sont aussi organisés par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) ?

C’est un grave dilemme, car d’un côté, les gens ont droit d’être sauvés et en même temps, si cela continue, on finira par déchirer la société centrafricaine. Les musulmans, par exemple, sont le centre de la vie commerçante du pays. On commence déjà à avoir des problèmes de ravitaillement. Tout cela montre à quel point il est essentiel d’arrêter ce nettoyage et de procéder à un renforcement de la capacité sécuritaire ainsi que des initiatives de médiation.

Ce matin, vous avez inauguré, dans le 5e arrondissement de Bangui, un centre de retour pour les déplacés qui sont au camp de Mboko. C’est une incitation au retour ou bien cela répond à un besoin ?

C’est la reconnaissance que la situation dans le camp de déplacés, près de l’aéroport, est terrible et qu’avec les pluies, cela deviendra un désastre. Il faut alors absolument tout faire pour trouver des alternatives. L’une d’entre elles consiste à améliorer la situation sécuritaire dans les arrondissements ainsi que les conditions de réception pour que les gens puissent rentrer volontairement en toute dignité et en sécurité. Il faudra trouver aussi d’autres solutions pour ceux qui ne pourront pas rentrer. Mais maintenir le camp tel qu’il est, à l’aéroport, c’est un désastre annoncé avec les pluies qui vont venir.

Est-ce que ce n’est pas diluer le problème ?

Naturellement, il n’y a pas de solution humanitaire pour le problème centrafricain. La solution est politique. Sans une solution politique – elle va prendre du temps – les humanitaires ne pourront qu’essayer, ici ou là, de diminuer la souffrance des gens.

Est-ce que le HCR peut travailler, actuellement, en province ?

Nous travaillons dans quelques endroits mais il y a encore des problèmes sécuritaires très sérieux. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’est du pays reste relativement abandonné, avec une présence très réduite de l’Etat et des forces de sécurité.

Y-a-t-il toujours plus de réfugiés aux frontières, à savoir au Tchad, au Cameroun, au Congo ? Est-ce que le HCR peut faire face dans ces pays-là ?

Nous avons 265 000 réfugiés centrafricains dans les pays voisins – tous ne sont pas des réfugiés récents – mais comme vous le savez, nous parlons de régions frontalières et de pays en développement. Pour nous, cela correspond à un degré gigantesque face auquel nous n’avons pas les ressources nécessaires.

D’ailleurs, la presque totalité de notre actuation en Centrafrique est financée par des fonds non affectés, autrement dit par les réserves internes du HCR car pour le moment, les efforts des donateurs sont extrêmement réduits puisqu’ils représentent moins de 3% de ce que nous dépensons.

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