Centrafrique: vaste opération Sangaris-Misca à Bangui

Des soldats congolais membres de la force africaine en Centrafrique. Bangui, le 12 février 2014.
© REUTERS/Luc Gnago

Une grosse opération de désarmement et de police a été menée ce samedi 15 février 2014 à Bangui, dans un fief des anti-balaka, ces milices accusées depuis plusieurs semaines de s'en prendre à des civils musulmans. Cette opération conjointe entre les forces africaines et françaises a mobilisé 250 militaires et policiers. Selon la Misca, huit personnes ont été arrêtées, dont quatre lieutenants de Patrice Edouard Ngaissona, l'un des coordonateurs des anti-balaka. Ce dernier est « en fuite », explique la force africaine.

L'opération conjointe Misca-Sangaris a été lancée ce samedi matin, vers 4h, dans le quartier de Boy-Rab, un fief des milices anti-balaka. Elle s'est terminée vers 9h. Ce serait la plus importante opération de ce type lancée depuis le début de l'intervention française, en décembre dernier.

Elle a été menée par 250 militaires et policiers. Plusieurs maisons ont été fouillées, et quelques armes automatiques, des AK-47, ont été saisies. Tout comme des grenades, des armes blanches et de nombreuses munitions. Les militaires avaient ordre de désarmer et d'arrêter certaines personnalités.

Patrice Edouard Ngaisonna confirme

Le procureur de la République a confirmé à RFI avoir fourni à la Misca la liste d'une vingtaine d'hommes recherchés par la justice. Parmi les hommes visés, il y avait manifestement Patrice Edouard Ngaissona, l'un des coordonnateurs des anti-balaka. Un homme considéré par les observateurs comme l'un des durs de la mouvance.

Joint par RFI, ce dernier confirme que sa maison a été encerclée dans la matinée et qu'on a cherché à l'arrêter. Patrice Edouard Ngaisonna ajoute que les soldats ont détruit son salon, et ont finalement arrêté quatre de ses éléments, lui-même ayant réussi à prendre la fuite.

La force africaine s'exprime

Général Mokoko
16-02-2014 - Par Marie-Pierre Olphand

Joint par RFI, le général Mokoko, qui dirige la force africaine en Centrafrique, explique que Sangaris a assuré le bouclage de la zone, tandis que l'unité de police constituée de la Misca s'est chargée d'assurer les fouilles et d'appréhender, forte de son mandat, « toutes les personnes dont la liste nous avait été au préalable communiquée ».

Huit personnes ont été arrêtées, assure-t-il, « dont quatre principaux lieutenants de M. Ngaissona, que nous considérons comme étant un fugitif puisque nous avons un mandat d'arrêt ». « M. Ngaissona, il vaut mieux pour lui qu'il se présente volontairement devant les autorités de (Centrafrique, NDLR.). Nous avons l'ordre de le rechercher. »

A la question de savoir s'il était le principal objectif de l'opération, le général Mokoko répond : « En tout cas, il est l'un des chefs. Nous avons toute une liste des chefs, on les connait bien. C'est une liste qui a été dressée aussi bien par les services de renseignement de la Misca que par les nouvelles autorités centrafricaines, qui connaissent qui est qui. »


■ ZOOM : Sur la route de Bouar, les tensions restent vives

Sur le chemin de Bouar, la colonne de l’opération Sangaris, marque une pause sur une route en descente. En face, un homme pousse sa moto. « Le carburateur est cassé », lance-t-il avant d’enchaîner : « Bravo l’armée française ! Merci pour votre présence ici. Attention dans la foret, il y a des Peuls avec des kalachnikovs ! »

Les tensions sont donc toujours très vives entre communautés. A chaque village traversé, les ruines de maisons ou de pâtés de maisons calcinées sont visibles. A Baoro, à environ 50 km de Bouar, les maisons incendiées sont à l’entrée et à la sortie de la ville, stigmates des violences et des représailles qui ont fait 152 morts en trois jours.

« Du 20 au 22 janvier, quand les Seleka sont partis, explique le père Zoumaldé, qui dirige une radio à Bouar, ils ont laissés leurs armes à certains musulmans qui sont allés s’en prendre aux chrétiens ». Les anti-balaka de Bozoum sont descendus le lendemain pour les venger, raconte-t-il encore.

Bouar est située au bout de la piste de latérite, qui vient de Baoro, Bouar où 8200 musulmans vivent actuellement réfugiés à la grande mosquée centrale et dans l’école primaire qui la jouxte, fuyant les pillages, les violences et le raquette des anti-balaka, et pour qui, l’arrivée de Sangaris, ils en sont sûrs, promet de meilleurs lendemains.