Masa: le «hip hop griot» et le prince aux pieds nus

El Hadj Noumoucounda Cissoko que l'on surnomme également le « MC Griot », le « rock griot », le « hip hop griot » ou le « Jimmy Hendrix de la kora ».
© RFI/Pierre René-Worms

Rencontre avec deux musiciens prometteurs dans ce Masa, le Marché des arts du spectacle africain du renouveau. Le comité de sélection a été très éclectique dans ses choix, permettant à des artistes en développement de présenter leur travail aux diffuseurs présents au bord de la lagune Ebrié et au public ivoirien de découvrir les cultures venues d'ailleurs.

Cissoko, le « Jimmy Hendrix de la kora »

Le Sénégalais El Hadj Noumoucounda Cissoko et le Burkinabè AlifNaaba ont été les premières découvertes de cette 8e édition. El Hadj Noumoucounda Cissoko est un griot totalement atypique. On le surnomme le « MC Griot », le « rock griot », le « hip hop griot » ou le « Jimmy Hendrix de la kora ». Il a joué sur le dernier album de Stromae (plus de 2 millions d'albums vendus) et a fait partie du premier groupe de hip hop africain, Positive Black Soul, avec lequel il a tourné dans le monde entier.

« J'étais quelqu'un de très traditionnel jusqu'à ma rencontre avec Didier Awadi qui a donné une véritable nouvelle direction à ma musique. C'était l'époque où Mory Kanté était une véritable star mondiale avec son afro-fusion. Et moi, c'est le hip hop qui m'a rattrapé. »

Joueur de kora prodigue et prodige, véritable showman recherché, il a tourné avec Youssou N'Dour, IAM, Ky Many Marley, Ernest Ranglin, Alpha Blondy, Omar Pene, Princesse Erika, Lara Fabian ou MC Solaar. Depuis quelques années, il parlait de réaliser un album solo et de partir en tournée avec sa kora pour enflammer les foules.

« Mon premier album s'appelle " Faling ", le " partage ". C'est un mot qui définit bien ma carrière de rencontres et là j'ai travaillé avec un groupe suisse, Phat 4, que j'ai rencontré au Sénégal. Le fait est que j'ai beaucoup voyagé et travaillé avec les plus grands. Du coup, j'ai voulu montrer dans l'album que la kora pouvait s'adapter à toutes les musiques, du rock à la pop, de la rumba cubaine au hip hop. »

Noumou est venu au Masa comme un premier challenge pour cette nouvelle carrière en solo. C'est un tremplin pour le futur qu'il est venu chercher ici afin que sa musique « dépasse le monde » et devienne peut-être aussi connue que celle de ceux qu'il a accompagnés depuis un quart de siècle.

AlifNaaba, le « Prince aux pieds nus »

On l'appelle le « Prince aux pieds nus », car comme à la cour du Moro Naaba où les chanteurs se déchaussent par respect, AlifNaaba joue pieds nus par respect pour son public qu’il considère comme un roi.

Il est, avec Smarty, lauréat du Prix découvertes RFI 2013, le seul représentant burkinabè sur la scène internationale. Avec son folk mâtiné de pop-rock, il est dans la lignée d'un Ismael Lô qu'il admire volontiers depuis des lustres.

« Je fais de l'afro-pop avec beaucoup de fusion ouverte sur le monde mais ma musique me vient en fait de ma mère qui était chanteuse traditionnelle, c'est pourquoi je chante en moré. La musique est un langage d'émotions, elle réunit les peuples et même si cette langue est peu parlée, elle véhicule des vibrations et j’en fait la promotion dans le monde entier. »

AlifNaaba se sent proche des Salif Keita, Toure Kunda, et Youssou N'Dour qu'il a écouté tout jeune. Depuis dix ans qu’il autoproduit ses albums, il a créé un mix de musique entre tradition moré et tous les rythmes du monde, une véritable musique de fusion entre les rythmes de sa maman et les rythmes d’ailleurs.

En 2012, AlifNaaba est lauréat de « Visa pour la création » du ministère français des Affaires étrangères et de l'Institut français. Ce prix lui permet d’autoproduire son 4e album, Yiki » (« Lève-toi »), enregistré sur les routes entre Paris, Ouaga et Kigali, un album qu’il est venu mieux faire connaître au Masa aux quelques diffuseurs d’un secteur en crise ayant fait le voyage à Abidjan.

« Les producteurs sont une denrée rare, cet album nous l’avons produit nous-mêmes au fil des scènes, avec nos économies, en mettant de l’argent de côté après chaque cachet. Les producteurs, la piraterie les a chassés, il faut se prendre en charge si on veut continuer d’exister. Les disques, on ne les vend plus, ils sont juste là pour diffuser le travail, c’est comme une carte de visite sonore. C’est quand ton travail est diffusé que tu peux essayer d’avoir des concerts, et c’est là que le travail est rentabilisé. On fait de la musique par passion et si on a la chance que le travail soit diffusé, c’est un bonus », dit-il un brin fataliste.

Le prince et le griot, deux artistes nés dans des familles de musiciens traditionnels qui ont baigné toutes leurs enfance dans cette magie musicale. « L’art fait partie de nous », dit AlifNaaba. Aujourd’hui, ces deux artistes sont venus plein d’espoir à Abidjan pour impulser un nouvel élan à la jeune carrière.

 

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