Ouganda: le droit des femmes bafoué

Des femmes manifestent contre la loi «anti-pornographie» en vigueur en Ouganda. Kampala, 26 février 2014.
© AFP PHOTO/Emmanuel NEGA

En Ouganda, les défenseurs des droits humains se mobilisent suite à la promulgation de deux lois ces dernières semaines, l’une contre la pornographie, l’autre contre l’homosexualité. La première interdit notamment de s’habiller d’une manière « provocante » en public, la deuxième rend la loi contre l’homosexualité encore plus répressive. Et vise pour la première fois les femmes et non pas seulement les hommes homosexuels.

Comment les ougandaises vivent ce que beaucoup voient comme une régression des droits des femmes ? Mal, à en croire des habitantes de Kampala. Pour celles qui appartiennent à la communauté des homosexuels, bisexuels et transsexuels, les LGBT, la situation est dramatique. Comme la loi rend obligatoire la dénonciation de quiconque se dit homosexuel, la presse n’hésite plus à publier les noms de personnes accusées d’homosexualité.

Du coup, les lesbiennes, tout comme les gays, sont exposées, et risquent d’être attaquées, voire tuées. Certaines ont fui le pays, d’autres vivent dans la peur. Junic Wambya, directrice de Freedom and Roam Uganda, une ONG qui défend les droits des LGBT, a vu son nom publié à la Une d’un journal. Depuis, elle a été répudiée par des membres de sa famille et par certains de ses amis. Elle ne sort de chez elle que la nuit tombée, elle a peur tout le temps, et dort mal.

Déshabillées en pleine rue

Pour d’autres, c’est la loi anti-pornographie qui les empêche de vivre librement. Une loi baptisée en Ouganda « la loi des mini-jupes ». Car les femmes qui s’habillent d’une manière jugée « provocante » sont déshabillées dans la rue. Patience Akumu est journaliste. Elle ne voulait pas croire ce qu’on lui racontait. Alors elle est sortie dans la rue en short. Au marché, elle a été pourchassée par des hommes qui menaçaient de la déshabiller si elle ne rentrait pas tout de suite chez elle s’habiller « mieux ».

Scandalisée, Patience Akumu a décidé d’organiser, avec d’autres femmes, une manifestation pour protester contre cette loi. Au commissariat où elle s’est rendue pour obtenir l’autorisation, elle a été malmenée par des policiers qui lui refusaient l’entrée. Le motif : une femme ne peut rentrer dans un commissariat en mini-jupe. La manifestation a été interdite, mais quelque deux cents femmes ont quand même réussi à se réunir en centre-ville pour manifester leur colère. Sur les banderoles, on pouvait lire : « mon corps, mon affaire » et « touchez pas à ma mini-jupe ».

« Beaucoup à faire »

Ces événements interviennent quelques mois après que les Ougandaises se sont vues refuser d’autres droits qu’elles réclamaient depuis des années. En effet, en 2013, le Parlement a rejeté un projet de loi appelé « mariage et divorce » qui devait, entre autre, donner aux femmes une part des biens de leurs maris et qui criminalisait le viol d’une femme par son mari. Tina Musuya est la responsable d’une ONG qui lutte contre la violence familiale, Centre for Domestic Violence Prevention. Elle dénonce l’attitude les parlementaires qui ont rejeté le projet de loi. « Il est évident, dit-elle, que les hommes considèrent que le corps des femmes leur appartient ». Et d'ajouter : « Ce débat m’a appris beaucoup sur la valeur de la femme dans notre société ; il reste encore beaucoup à faire. »

Et pourtant, la Constitution ougandaise interdit la discrimination hommes-femmes. Jackie Asiimwe, avocate et militante des droits de la femme, ne comprend pas l’attitude des parlementaires : « On a un Parlement qui lit la Constitution à l’envers et qui passe une législation qui viole la Constitution, et ce faisant il empêche les femmes d’être libres de décider pour elles-mêmes ». Elle compte, avec d’autres, faire appel contre les lois anti-pornographie et anti-homosexualité. Tout en rajoutant : « On n’aurait pas besoin de faire appel si les parlementaires lisaient la Constitution à l’endroit ».